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Lutte Ouvrière n°1672 du 28 juillet 2000
Editorial

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Qu'ils se méfient !

Les 153 travailleurs de Cellatex, cette usine condamnée à la fermeture à Givet, dans les Ardennes, ont obtenu satisfaction, au moins en partie. Confronté à la menace de faire sauter l'usine si on les mettait à la porte sans rien, l'Etat a reculé et leur accorde une prime de licenciement de 80 000 F par personne, ainsi que le maintien des salaires pendant deux ans.

C'est moins que ce qu'ils revendiquaient et surtout, cela ne maintient leurs salaires que pendant deux ans. Mais sans leur détermination, ils n'auraient rien obtenu. Ils auraient simplement rejoint les 2,5 millions de chômeurs qu'il y a dans ce pays. De leur côté, les travailleurs de la brasserie Adelshoffen, de Schiltigheim, en Alsace, las de protester en vain contre la fermeture de leur usine, en sont arrivés à la menace de la faire sauter.

La presse à sensation a parlé à ce propos de « l'apparition du terrorisme social ». Une association patronale a même osé s'indigner du « terrorisme économique » et elle se propose d'attaquer en justice.

Ces gens-là, qui trouvent naturel que les patrons se livrent au terrorisme social qui consiste à fermer une usine, priver ses travailleurs de leur gagne-pain et condamner toute une ville à la mort lente, sont indignés que, pour une fois, les victimes de la violence patronale n'hésitent pas à menacer de violence pour se défendre.

Il y a de quoi attraper un coup de sang, d'autant plus que les entreprises qui ferment ou qui licencient sont ou ont été des filiales de grandes entreprises qui font des profits. Adelshoffen est propriété de Heineken. Cellatex a appartenu au trust Rhône-Poulenc et est passée par différents repreneurs avant d'aller vers la liquidation définitive. Les repreneurs ont, tour à tour, touché des subventions avant de retirer leurs capitaux pour aller faire des affaires ailleurs, laissant les travailleurs sur le carreau.

Eh bien oui, l'exaspération des travailleurs face au terrorisme patronal est justifié. Et les politiciens qui se sont indignés du déversement d'acide sulfurique dans un ruisseau près de la Meuse et qui sont plus soucieux de la vie des poissons que de celle des travailleurs menacés, sont de sombres crétins ou de francs salauds, à plat ventre en tout cas devant le patronat.

Cellatex et Adelshoffen ne sont pas des exceptions. C'est l'ensemble du monde du travail qui subit la pression du chômage, l'arrogance patronale, les emplois précaires et les bas salaires qui se généralisent !

Grâce à leur action, les travailleurs de Cellatex ont obtenu deux ans de délai. Mais, dans deux ans, combien d'entre eux n'auront pas retrouvé de travail ? Leur action était assez menaçante pour faire reculer le gouvernement qui a pris à sa charge - et à celle des contribuables - les dégâts faits par les patrons licencieurs. Mais elle ne pouvait suffire pour menacer le patronat. Ce n'est possible qu'en changeant le rapport de forces global.

Et c'est justement là que les grandes centrales syndicales sont défaillantes. Certaines d'entre elles n'ont pas eu honte de signer avec le patronat un accord sur l'indemnisation des chômeurs tellement favorable aux patrons que même Martine Aubry et Fabius n'osent pas le contresigner. Mais, même les autres centrales syndicales qui, à juste raison, ont refusé de signer cette capitulation ne cherchent pas à organiser la riposte qu'il faudrait à l'offensive patronale. Elles ne cherchent pas à mobiliser, ne fût-ce que peu à peu, ne fût-ce qu'au travers de journées d'action, l'ensemble de la classe ouvrière qui subit la même offensive partout, pour faire reculer le patronat dans son ensemble.

Mais le patronat ne perd rien pour attendre. Car, même si les centrales syndicales n'organisent pas la riposte, c'est l'arrogance patronale précisément, c'est leur avidité à s'enrichir, en rendant le sort des travailleurs de plus en plus difficile, qui finiront par provoquer, non plus seulement un « terrorisme économique » partiel et donc défensif, mais cette explosion sociale de l'ensemble de la classe ouvrière qui permettra d'imposer aux patrons comme au gouvernement la fin de la précarité, l'interdiction des licenciements et d'obtenir des salaires qui permettent de vivre correctement.


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