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Lutte Ouvrière n°1672 du 28 juillet 2000
Dans le monde

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Pourparlers israélo-palestiniens de Camp David : l'échec

Après deux semaines cloîtrés à Camp David, les négociateurs israéliens et palestiniens se sont séparés sans qu'un accord ne soit intervenu. Clinton, qui voulait terminer son mandat sur une victoire diplomatique, n'aura comme seule satisfaction que celle d'être cité deux fois dans la déclaration finale, plus que les principaux intéressés. Piètre consolation !

Et pourtant, certains commentateurs laissaient entendre que les deux partis s'étaient plus ou moins entendus sur l'extension des territoires devant revenir à l'Autorité palestinienne, sur le sort d'une partie des colonies juives de Cisjordanie et de Gaza, ou sur des arrangements de sécurité. Mais les négociateurs ont buté sur la question de Jérusalem, qu'Israéliens et Palestiniens veulent tous les deux : les premiers, afin de la conserver comme capitale de leur État, et les seconds, pour y établir la capitale de leur futur État.

Le problème de Jérusalem

Actuellement Jérusalem est divisée en deux parties : la partie ouest où résident presque exclusivement des Israéliens, et la partie est où se juxtaposent quartiers arabes et quartiers juifs. Dès avant son arrivée à Camp David, Ehud Barak, le Premier ministre israélien, avait posé ses conditions, les « lignes rouges », réputées infranchissables. Parmi elles, le caractère définitif de l'annexion de la partie est de Jérusalem. Le 1er juin, le même Barak déclarait, lors de la cérémonie anniversaire de la réunification de la ville : « Plus jamais Jérusalem ne sera sous souveraineté étrangère. Seul celui qui n'a aucun sens des réalités, qui ne comprend pas [...] les liens historiques du peuple juif avec Jérusalem depuis 3 000 ans, pourrait envisager de faire une quelconque concession sur la ville. »

Seulement, au cours de la deuxième semaine des pourparlers de Camp David, quelques voix, et parmi elles certaines haut placées puisque émanant de membres du gouvernement israélien, ont laissé entendre, et ce pour la première fois, que des concessions pourraient être faites sur l'autonomie de certains quartiers arabes de Jérusalem-Est. Il n'en a finalement rien été. Le dernier sommet israélo-palestinien de Camp David n'aura donc été qu'une rencontre de plus après Oslo en 1993, suivie par celle du Caire en 1994, par Oslo II un an plus tard, par celle d'Hébron en 1997, celle de Wye River en 1998, sans oublier Charm el-Cheikh en 1999. Et l'on ne peut pas dire que la multiplication des rencontres et autres pourparlers aient fait beaucoup avancer le droit des Palestiniens à disposer d'eux-mêmes.

Ce sont, bien évidemment les gouvernants israéliens qui détiennent les solutions au conflit qui, depuis des décennies, les opposent aux Palestiniens. Mais de tout temps ils ont fait montre d'intransigeance, préférant la manière forte au compromis, alors que depuis des années il apparaît de plus en plus évident que la guerre ouverte ou larvée opposant Israéliens et Palestiniens est sans issue.

L'intérêt de la bourgeoisie israélienne

Cette conviction est certainement partagée par une fraction de la bourgeoisie israélienne. Mais cette bourgeoisie, comme le personnel politique qui la représente, doit tenir compte de toutes les scories du nationalisme exacerbé et autres religiosités qui lui ont pourtant permis de créer et d'agrandir Israël.

À la fin des années soixante, aussi exigu qu'ait été le marché représenté par ce qui allait devenir les Territoires occupés, il avait tout de même représenté un ballon d'oxygène pour l'économie israélienne. Mais cela ne pouvait durer qu'un temps. L'économie palestinienne concurrencée par les produits israéliens devint vite un marché de moins en moins solvable. Pire même, les problèmes politiques et sociaux posés par l'occupation des Territoires devinrent une épine dont les dirigeants israéliens ne surent comment se défaire, si tant est qu'ils le voulurent vraiment. À la fin des années soixante-dix, ils se lançaient dans une nouvelle guerre de conquête, au Liban cette fois. Ce fut un fiasco.

Pourtant, en septembre 1993, quand fut signé l'accord-cadre avec l'OLP, (après des années d'Intifada), le contexte semblait pouvoir changer pour la bourgeoisie israélienne. Des négociations économiques s'engagèrent, pour la première fois, entre Israël et divers États arabes, en particulier le Maroc. La bourgeoisie israélienne pouvait penser alors qu'à terme, le boycott économique des États arabes avait quelques chances d'être levé, ou pour le moins de se lézarder. Mais l'arrivée de Netanyahou au pouvoir gela toutes ces possibilités un moment entrevues, au point que, dans les derniers temps du gouvernement Netanyahou, la croissance économique s'était même nettement ralentie.

Israël, ce morceau d'économie occidentale développée, importé à grands coups de subventions et d'apports de capitaux en plein Proche-Orient, reste sans débouché limitrophe. La majeure partie des exportations israéliennes se fait aux États-Unis ou vers l'Union européenne, pour des motifs d'ailleurs autant politiques qu'économiques. Et lorsque des produits ou une technologie israélienne arrivent dans les pays du Proche ou du Moyen-Orient, c'est via des entreprises américaines ou européennes. Un exemple parmi certainement bien d'autres : les techniques d'irrigation israélienne pour les régions arides sont mises en œuvre par le groupe français Bourbon, avant d'être exportées dans les pays arabes.

Tout ceci pour dire que si les ambitions et les intérêts de la bourgeoisie israélienne ne se confondent pas avec ceux des colons de Cisjordanie ou de Gaza, les possibilités de cette même bourgeoisie israélienne restent aujourd'hui encore entravées par les conséquences de décennies de conquêtes territoriales. C'est elle et les gouvernements à sa solde qui, poussant à la conquête de nouvelles terres, ont favorisé le développement d'une forte extrême droite religieuse, obstacle aujourd'hui aux moindres concessions.

C'est tout ce contexte qui pèse sur l'État israélien et qui peut expliquer les déclarations et les gestes parfois contradictoires de ses dirigeants. Et c'est pourquoi, encore cette fois-ci rien n'a pu sortir de la rencontre de Camp David.

Georges LATTIER


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