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Lutte Ouvrière n°1672 du 28 juillet 2000
Leur société

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Le « non » du gouvernement au plan patronal sur l'assurance chômage : un refus de circonstance

C'est lundi 24 juillet, dans une lettre de cinq pages, signée conjointement par Martine Aubry et Laurent Fabius (considéré comme populaire auprès des patrons), que le gouvernement a fait connaître son refus d'entériner, du moins sous sa forme actuelle, la nouvelle convention sur l'assurance chômage mise sur pied par le MEDEF avec l'aval de la CFDT et de la CFTC. On a eu droit à des semaines de tergiversations ; Martine Aubry a déclaré à la tribune de l'Assemblée nationale que le Plan d'Aide de Retour à l'Emploi, le PARE, signé par le MEDEF, la CFDT et la CFTC, était bon dans ses principes, cautionnant ainsi l'idée d'une réforme qui sanctionnerait les chômeurs qui refuseraient de prendre n'importe quel emploi. Finalement, il lui est apparu qu'elle ne pouvait reprendre à son compte, tel quel, le plan du MEDEF.

Jospin, Aubry et Fabius n'ont pas voulu se laisser imposer ainsi un projet patronal fortement décrié au sein même de la gauche plurielle et par les dirigeants des syndicats non signataires. Sans compter que l'émotion n'était pas négligeable parmi les militants syndicaux les plus liés au monde du travail.

Oh bien sûr, ce n'est pas le fait de s'en prendre aux chômeurs qui pouvait arrêter le gouvernement. Martine Aubry a eu maintes fois l'occasion de le rappeler. C'est elle qui en 1992, alors qu'elle était déjà ministre du Travail, a mis sur pied une des principales remises en cause des protections financières dont bénéficiaient les chômeurs : la dégressivité des allocations Assedic qui mène à l'Allocation de Solidarité de fin de droit à 2 500 francs, au RMI et pour d'autres à plus rien du tout. Mais dans la situation actuelle, Martine Aubry a sans doute estimé que son refus était la moindre des choses qu'elle pouvait faire pour ne pas se compromettre elle-même et sans compromettre le gouvernement socialiste aux yeux de tous les travailleurs et des chômeurs.

Mais le patronat ne baisse pas pour autant les bras. Il se sent aujourd'hui en force pour imposer ses vues, même si parfois le gouvernement renâcle.

Le sentiment d'avoir le rapport de force en leur faveur nourrit l'arrogance des patrons, leur cynisme et leur volonté d'imposer tout de suite l'ensemble de leurs vues. Et c'est pour cela que le MEDEF se permet de remettre en question les quelques protections dont bénéficiaient les chômeurs.

Le patronat fait ainsi lui-même la démonstration qu'il ne reculera que s'il est mis en échec sur le terrain social, par les luttes déterminées et d'ensemble que la classe ouvrière devra entamer

Dans ce contexte, on entend des lamentations sur la remise en cause du paritarisme, cette gestion conjointe de divers organismes par les syndicats et le patronat. Elles n'ont rien à voir avec l'intérêt des travailleurs et des chômeurs. La collaboration des syndicats aux côtés des patrons dans les Assedic, la Sécu, et où que ce soit, n'a pas empêché les attaques contre le monde du travail. En réalité, le fait d'associer les syndicats à la gestion de l'UNEDIC (l'organisme centralisateur des Assedic) et de toutes ses antennes locales contribue à neutraliser bien des militants syndicaux. Ne serait-ce qu'en procurant des postes, en multipliant les facilités matérielles de toutes sortes et en favorisant une collaboration étroite et permanente avec les représentants du patronat.

Évidemment, il est plus facile de s'installer dans les organismes paritaires que d'organiser les luttes pour garantir la défense des travailleurs et des chômeurs. Mais même si les représentants des syndicats ont ainsi l'impression de faire quelque chose, en réalité ils sont au mieux des otages.

Ce qu'il faut arriver à créer, c'est un rapport de force favorable au monde du travail par des luttes qui convergent et rassemblent de nombreux travailleurs. C'est comme cela, et pas par des discussions autour du tapis vert, que les travailleurs défendront leurs intérêts.

Pour l'instant, devant le refus du gouvernement de se montrer trop complaisant, les représentants du patronat sont montés sur leurs grands chevaux. Le gouvernement réclame une nouvelle négociation. Mais ce n'est pas là faire montre de beaucoup de fermeté. Quelques modifications du projet, l'accord d'un ou deux syndicats non signataires pourraient bien demain, quand l'émotion sera retombée, servir de prétexte au ralliement du gouvernement. Et le refus actuel n'aurait été qu'une façon de gagner du temps avant d'avaliser finalement un projet qui se traduirait de toute façon par une restriction de la protection des chômeurs.

Paul SOREL


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