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Lutte Ouvrière n°1672 du 28 juillet 2000
Leur société

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Le projet pour la Corse : du grain à moudre pour les nationalistes

Le projet de statut pour la Corse présenté jeudi 20 juillet par Lionel Jospin semble avoir recueilli l'approbation quasi totale de tout le monde politique de l'île, et même du continent si l'on excepte les réticences de Chevènement ou du RPR qui disent craindre que la « continuité républicaine » ne soit mise à mal.

Les sept mois de discussions avec les élus corses ont-ils donc abouti à l'autonomie réclamée par les nationalistes, pour que la proposition de Jospin recueille un si large consensus dans le rang de leurs élus ? A défaut de cette autonomie, il présente en tout cas suffisamment d'avantages pour que ce milieu y trouve pour l'instant son intérêt.

Dans l'immédiat, le projet prévoit que tous les enfants apprendront la langue corse à l'école, dès la maternelle. On peut douter que cela leur serve dans leurs études ultérieures ou plus tard dans la vie, quand ils en seront à chercher un emploi, mais il est vrai que l'apprentissage d'une langue est toujours positif. Il est cependant encore plus vrai que cette mesure va nécessiter des enseignants, l'édition de manuels scolaires, etc. Cela représente une manne qui profitera à tous ceux qui font du particularisme corse leur fonds de commerce.

Les avantages économiques et financiers que le gouvernement propose visent à obtenir l'approbation des possédants de l'île, petits et gros, même si cela ne change pas grand-chose à la situation économique de l'île.

En premier lieu, l'exonération des droits de succession est prolongée pour une période de dix ans, suivie de cinq autres années avec un régime d'imposition « light ». Si cette mesure répond aux attentes de ceux qui possèdent un bien à transmettre, on ne saurait dire qu'elle concerne les travailleurs et permettra de lutter contre le chômage. Il en va de même pour toutes les exonérations fiscales, les « incitations à l'investissement » prétendument destinées à créer des emplois.

Reste le nouveau statut accordé à la Corse. Il est prévu de la doter en 2004 d'une assemblée unique, ayant des pouvoirs législatifs dans certains domaines pouvant moduler des lois du Parlement, à la place des deux assemblées générales des deux départements corses. Là aussi, cela va signifier des postes, des sinécures pour tout un petit monde politique, ainsi que de l'argent à gérer, puisque le transfert de pouvoirs et les nouvelles « compétences » créées pourraient concerner « l'aménagement de l'espace, le développement économique [...] la gestion des infrastructures et des services de proximité, les transports », entre autres choses.

Derrière la revendication d'autonomie se trouve en fait la volonté, pour une fraction de la bourgeoisie et de la petite bourgeoise locales, d'obtenir une plus grande liberté pour se répartir l'argent public.

Ce projet parviendra-t-il à mettre fin au « problème corse » ? Il semblerait que Jospin ait réussi, mais de nombreux élus, côté corse, ont déjà déclaré qu'ils approuvaient ce projet... comme un premier pas.

Marianne LAMIRAL


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