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Lutte Ouvrière n°1680 du 22 septembre 2000
Leur société

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: Prix de l'essence : manifester pour taxer les profiteurs

S'il y a une catégorie sociale que la hausse spectaculaire du prix des carburants touche de plein fouet, c'est bien la population laborieuse. Les chiffres sont évocateurs. Plusieurs dizaines de milliers de francs sont ainsi ponctionnés sur les budgets populaires, sans que personne ne puisse y couper. Car en effet la voiture est devenue, non pas un élément de confort et d'agrément, mais un complément dont les travailleurs, les ménagères ne peuvent se passer.

Car comment se rendre au travail dans les villes, petites et grandes, de banlieue à banlieue, ou encore comment pouvoir faires ses achats si on ne dispose pas d'un véhicule pour accéder aux grandes surfaces toujours lointaines ? Ceux qui vilipendent, sous prétexte de la lutte contre la pollution, qui est un problème mais un autre problème, ceux qu'ils qualifient avec mépris « les bouffeurs d'essence », et se félicitent des prix élevés des carburants, réclamant même une taxation plus forte encore, veulent limiter l'usage de la voiture... aux plus fortunés. Un peu comme cette reine de France qui, aux pauvres qui sous les fenêtres du palais de Versailles réclamaient du pain, répondait : « Eh bien, qu'ils mangent de la brioche ! ».

Oui, les travailleurs, les classes populaires sont lourdement taxés par le prix de l'essence, et à double titre, en tant qu'usagers mais aussi en tant que consommateurs. Ce sont d'ailleurs les seuls qui ne peuvent répercuter les effets de la hausse sur d'autres. Et ce seraient les seuls qui ne se feraient pas entendre ! Certains le leur conseillent, sous des prétextes dilatoires. Bien sûr qu'il ne faut pas réagir que contre les prix de l'essence, il faut poser l'ensemble des problèmes, en particulier celui des salaires, et il y a aussi bien d'autres problèmes en suspens, à ne pas oublier. Encore que revendiquer que l'Etat et les sociétés pétrolières ne puissent plus prélever une dîme exorbitante sur les revenus des salariés, des retraités, et sur les maigres pensions et indemnités de ceux qui n'ont que cela pour subvenir à leurs besoins, ce n'est pas laisser de côté les préoccupations centrales des salariés. Car, mettre le doigt sur les responsabilités des compagnies pétrolières et du même coup proposer de mettre la main sur leurs fabuleux profits, n'est-ce pas poser une question au cœur des revendications du monde du travail ? A savoir, à qui doit revenir les richesses produites par les travailleurs, à une minorité de richissismes nantis, ou à la collectivité ? Et à quoi doivent-elles servir ? A enrichir les plus riches ou à la collectivité ?

Les dirigeants du PCF ont lancé l'initiative de manifestations dans tout le pays dans des délais brefs pour protester contre le prix de l'essence. Personne n'ignore leurs arrière-pensées dont ils ne se cachent pas. L'un de leurs dirigeants à même tenu à rappeler qu'il ne s'agissait pas, pour eux, de faire de ces manifestations, contre un gouvernement dont ils sont des partenaires zélés. Les exigences que le PCF met en avant restent d'ailleurs fort modérées. Dans un premier temps Robert Hue avait timidement revendiqué une baisse de 35 centimes du prix du super, une somme qui est bien loin de compenser les hausses du carburant de ces derniers mois. Il est bien difficile d'ignorer que le PCF a pris cette initative afin d'anticiper sur l'annonce prochaine de mesures par Jospin, afin de donner l'impression qu'il y serait pour quelque chose. Mais cela ne justifie pas que l'on se tienne à l'écart d'initiatives qui permettent aux salariés de sortir du silence.

Il est juste, nécessaire même, qu'après les routiers, les marins-pêcheurs, après toutes ces mobilisations catégorielles en France et ailleurs, le monde du travail fasse entendre leurs exigences. Il est souhaitable que cette protestation s'élargisse, et il est logique qu'elle ait un point de départ. Non seulement pour exiger une baisse des prix à la pompe, non seulement pour demander au gouvernement une réduction des taxes, qui, comme toutes les impositions indirectes sont foncièrement injustes, dirigées contre les plus pauvres, non seulement pour réclamer, comme le fait le PCF, un «  plafonnement du prix à la pompe » ou « un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices des sociétés pétrolières » (pourquoi exceptionnel ?) Mais pour que l'on ose s'en prendre aux profits des grandes sociétés pétrolières, mais aussi à ceux des grandes sociétés industrielles et financières, dont les bilans actuels font apparaître des profits plus plantureux qu'ils n'étaient dans les mois précédents. Et ça n'est pas rien !

Voilà pourquoi Lutte Ouvrière appelle à venir le plus nombreux possible aux manifestations organisées dans toute la France en cette fin de semaine et au début de la semaine prochaine pour exiger la baisse des prix des carburants et une lourde taxation des profits des sociétés pétrolières.

Jean-Pierre VIAL

A Paris cette manifestation aura lieu le jeudi 21 septembre
Rassemblement à 18 h 30 place Felix-Eboué (métro Daumesnil)


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