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Lutte Ouvrière n°1680 du 22 septembre 2000
Dans le monde

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Espagne : immigration, la politique répressive du parti populaire

Une fois terminé l'actuel processus « exceptionnel » de régularisation des immigrés en situation irrégulière, le gouvernement du parti de droite au pouvoir en Espagne, le Parti Populaire (le PP) présentera au Parlement, par une procédure d'urgence, une nouvelle loi sur les étrangers, taillée sur mesure pour le patronat, et dont le caractère policier et discriminatoire est nettement marqué.

La loi actuellement en vigueur et les mesures de régularisation en cours relèvent du même esprit. Il était bien écrit que tous ceux qui pouvaient faire la preuve qu'ils étaient arrivés en Espagne avant juin 1999 pouvaient espérer la régularisation de leur situation. Au point que beaucoup voyaient là une sorte d'amnistie générale concernant ceux qu'on appelle les « illégaux ». Mais la réalité a été moins généreuse.

C'est ainsi que, pendant la période des démarches, les immigrés ont été soumis à de fortes pressions de la part des autorités, quand ils n'ont pas été victimes d'irrégularités. Par ailleurs la bureaucratie et l'absence de moyens ont fait que ces formalités ont été pour beaucoup un véritable calvaire. On a pu voir dans des villes comme Madrid, des immigrés contraints à d'interminables attentes dans la rue même, parfois pendant plusieurs jours, pour simplement récupérer leur formulaire de demande. Dans certains cas des lettres ont été envoyées à des immigrés, les informant des modalités qu'il leur faudra remplir pour obtenir un permis de résidence quand entrera en vigueur la future loi... qui n'a pas encore été approuvée ! Il leur était signifié aussi que si l'administration ne répondait pas à leur demande cela devait être considéré comme un refus.

A Séville, la police est allée jusqu'à arrêter des immigrés qui se rendaient à un commissariat pour demander des informations sur leur régularisation, leur retirant leur passeport et les considérant du coup comme illégaux.

Les associations d'immigrés estiment que quelque 50 000 personnes ne vont pas obtenir leur permis de résidence. Clandestins arrivés depuis plus ou moins longtemps, ils se retrouveront dans la situation de ceux qui arrivent. Privés des droits les plus élémentaires, ils vivront sous la menace d'une arrestation et d'une expulsion. D'après la nouvelle loi, ils pourront d'ailleurs être expulsés selon une procédure spéciale, dans un délai de 48 heures. Et quand elle sera appliquée ce sont d'ailleurs tous les immigrés qui devront porter sur eux leur passeport et leur permis de résidence, faute de quoi ils pourront être arrêtés.

L'actuelle loi est déjà impitoyable vis-à-vis des immigrés. Elle a notamment permis que le gouvernement régional de Madrid, présidé par le PP, supprime les subventions pour le logement des étrangers. Elle n'a pas empêché que la police procède dans l'aéroport même à des expulsions de voyageurs latino-américains qui remplissaient pourtant les conditions d'entrée. Le recours à un avocat pour des clandestins venant d'entrer en Espagne était bien prévu, mais ils était presque systématiquement refusé. Elle n'a pas empêché les innombrables morts qui se produisent dans le détroit de Gibraltar lors de tentatives de traversée depuis le Maroc. D'ores et déjà les agressions policières contre les immigrés, les attaques racistes, sont de plus en plus nombreuses. On a appris récemment - et malgré toutes les tentatives du procureur pour étouffer l'affaire - qu'un immigré guinéen était mort dans un commissariat de Ténérife, aux îles Canaries, visiblement à la suite de coups donnés par des policiers. Pendant le mois d'août, en Catalogne les agissements de policiers vis-à-vis d'un groupe d'immigrés à Lérida, ont provoqué une grève des ouvriers journaliers immigrés. Et c'est immédiatement que les ouvriers immigrés saisonniers d'une localité voisine se sont mis en grève contre leurs désastreuses conditions de logement et pour une augmentation de salaire.

La politique répressive et discriminatoire du gouvernement et des autorités espagnoles contre les travailleurs immigrés est une attaque contre une partie de la classe ouvrière, la plus fragile, et la meilleure façon de faire face à cette politique et à l'aggravation du racisme est la lutte conjointe de tous les travailleurs, espagnols et immigrés.

B. S


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