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Lutte Ouvrière n°1696 du 12 janvier 2001
Leur société

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Trafic d'armes en Afrique (suite) : Pasqua complice de «Papamadit» ?

A leur tour, Charles Pasqua et son mouvement, le RPF, viennent d'être rattrapés par le trafic d'armes qui a récemment conduit Jean-Christophe Mitterrand («Papamadit») en prison. Le juge Philippe Courroye qui mène l'enquête soupçonne le Rassemblement Pour la France (RPF) d'avoir bénéficié de versements douteux de plusieurs centaines de milliers de dollars.

Au cours de l'une de ses perquisitions, le juge aurait trouvé une note de la société Brenco (dirigée par Pierre Falcone, sous les verrous, responsable du trafic d'armes vers l'Angola ; la même société qui a versé 13 millions de francs à «Papamadit») qui indique un versement de 450 000 dollars à un certain «Roger»... qui ne serait autre que Jean-Charles Marchiani, ex-agent secret, ex-préfet du Var et élu européen du RPF.

Tout ce beau linge nie évidemment toute implication dans la vente d'armes en Angola. Pasqua s'esquive et Marchiani prétend, lui, avoir les mains propres et rien à se reprocher ! Qu'importe si l'un comme l'autre étaient des proches du dictateur angolais. Qu'importe si Pierre Falcone était le représentant officiel de la Sofremi, la société pour l'exportation de matériel de sécurité du ministère français de l'Intérieur, un organisme de vente d'armes contrôlé par l'Etat à une époque où Pasqua était ministre de l'Intérieur. Qu'importe si par la suite Pierre Falcone a volé de ses propres ailes et bénéficié du carnet d'adresses de Jean-Christophe Mitterrand. Tout cela n'est que pure coïncidence.

L'apparition des noms de Pasqua, de Marchiani, et de bien d'autres personnages dans ce trafic d'armes ne doit vraisemblablement pas grand-chose au hasard. Pasqua et Marchiani circulaient librement dans les palais africains, entretenaient des liens d'amitié avec les dictateurs africains et bénéficiaient de leurs largesses. Pasqua a su renvoyer l'ascenseur puisqu'en tant que président du Conseil général des Hauts-de-Seine, il avait consacré 1 % de son budget, au nom de la Coopération décentralisée, à la création d'écoles et de routes... au Gabon, l'un des Etats les plus riches d'Afrique équatoriale sous la coupe réglée d'Elf et de son ami-dictateur Omar Bongo. Cela a essentiellement servi à arroser ses amis métropolitains, fournisseurs du BTP et autres. Lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, notamment sous Balladur, au début des années quatre-vingt-dix, Pasqua a développé ses propres réseaux d'influence, doublant les réseaux chiraquiens de Foccart et travaillant main dans la main avec les réseaux mitterrandistes de «Papamadit».

Ce dernier rebondissement de «l'affaire Jean-Christophe Mitterrand», qui risque de devenir aussi celle de Pasqua, illustre les mœurs et coutumes qui ont survécu bien au-delà de l'époque où la France exerçait directement sa tutelle coloniale en Afrique. Des relations politico-mafieuses que certains ont appelées fort justement «la Françafrique»... ou plus exactement «la France à fric». Tout ce milieu de barbouzes, d'ex-agents secrets, d'hommes d'affaires véreux servent (et se servent au passage) tout autant qu'ils noyautent les multinationales françaises pour le compte desquelles ils travaillent. Tour à tour responsables des filiales locales de ces mêmes multinationales, de sociétés écrans, ils bénéficient des milliards de prébendes de fonds occultes, avec la complicité du gouvernement français, pour préparer leurs coups tordus. Lorsqu'il était le véritable patron d'Elf, Alfred Sirven (aujourd'hui en fuite) a distribué des milliards, corrompant une partie de la classe politique française, qui s'est - notons-le - facilement laissée convaincre, organisant coups d'Etat ici, trafiquant les élections là, soutenant les dictateurs locaux afin qu'Elf puisse pomper tranquillement les nappes pétrolifères. Elf, Thomson, Paribas et autres grands groupes comme Bolloré ou Bouygues ont tous recruté, payé, protégé des hommes bien peu recommandables pour défendre leurs intérêts dans leur pré carré africain. Elf (aujourd'hui sous contrôle de Total) a été impliquée dans la guerre civile sanguinaire qui a porté Sassou Nguesso au pouvoir au Congo-Brazzaville. Paribas (absorbé par la BNP) se retrouve en pointe dans le financement pétrole-armement en Afrique. Avec une prédilection pour les pays en guerre civile, paraît-il.

Les Jean-Christophe Mitterrand et les Charles Pasqua, Marchiani et autres, aujourd'hui dans le collimateur, ne sont que des intermédiaires, grassement récompensés, il est vrai.

Les responsables de la politique africaine de l'impérialisme français, de ses crimes, de ses pillages, de son soutien aux dictatures de la pire espèce risquent de ne pas se trouver sur le banc des accusés. Leurs adresses sont pourtant connues. Les amis de ces intermédiaires siègent dans les conseils d'administration des grandes compagnies multinationales françaises.

René CYRILLE


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