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Lutte Ouvrière n°1696 du 12 janvier 2001
Leur société

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Inondations en Bretagne - Fatalité naturelle... et sociale

Les inondations à répétition qui frappent ces dernières semaines la Bretagne ne sont pas à verser au seul compte des intempéries.

En 1995, la Bretagne avait connu des inondations déjà qualifiées d'«historiques». En fait la passivité des pouvoirs publics, les aménagements menés de façon délibérément irresponsable depuis plusieurs décennies dans des plaines inondables expliquent, autant sinon plus qu'une pluviométrie exceptionnelle, la gravité de la situation actuelle.

En effet, depuis la dernière grande crue de 1995, aucune mesure sérieuse n'a vraiment été engagée, à part des visites protocolaires pour ne pas dire carrément touristiques des notables et autres ministres, venant verser leur larme le jour de la catastrophe et ne faisant strictement rien le reste du temps. Dans le genre, celui qui sans conteste obtient la médaille de l'hypocrisie et de la bêtise cumulées est Alain Madelin, président de Démocratie Libérale et maire de Redon, en Ille-et-Vilaine, l'une des agglomérations les plus touchées. Il a tout bonnement déclaré : «C'est la faute à la pluie (dixit). Il n'y a rigoureusement rien de possible pour éviter une crue de cette ampleur, à moins de construire une muraille de Chine autour de la ville. Nous avons eu le record de précipitations depuis que la météo existe».

Invoquer la fatalité météorologique est trop simple. Cela permet à des gens comme Madelin d'occulter leurs responsabilités. Bien sûr qu'on ne peut empêcher un raz-de-marée, un tremblement de terre, une éruption volcanique ou une crue séculaire. Cela dit, dans le cas des inondations, les causes aggravantes sont connues et ont plus d'une fois été dénoncées.

La politique de remembrement avait pour objectif de transformer l'agriculture en la tournant vers le marché international, c'est-à-dire d'en faire une véritable industrie ayant pour objectifs accessoirement de produire des aliments, mais avant tout de produire du fric, le plus de fric possible, le plus vite possible et à n'importe quelle condition. Cette politique a favorisé les grosses exploitations agricoles et singulièrement bouleversé les paysages agricoles de Bretagne. Le bocage breton avec ses haies, ses talus, ses bosquets, ses fossés a rapidement disparu ces dernières décennies au profit d'étendues de terres à maïs. Ainsi en Bretagne, ce sont 200 000 km de haies qui ont été supprimés en l'espace d'une trentaine d'années et 500 000 hectares de prairies qui ont été remplacés par des champs de maïs. Or, on le sait, le bocage retenait plus facilement les eaux et limitait le ruissellement.

De la même manière, l'urbanisation grandissante entraîne très souvent la construction de bâtiments (grandes surfaces, zones industrielles, zones pavillonnaires) ou d'infrastructures qui imperméabilisent les sols, rendant d'autant plus difficile l'infiltration des eaux et accélérant d'autant plus le grossissement des rivières. Aujourd'hui, il faut à peine 30 millimètres de précipitations en 24 heures pour que la Vilaine atteigne sa cote d'alerte.

Il serait ridicule de s'accrocher aux structures ancestrales, de s'opposer à des constructions de logements ou de routes. Mais ce qui est révoltant, c'est que tous ces aménagements, tous ces choix ont été faits sans se soucier des effets qu'ils pouvaient avoir sur l'environnement, sans conception d'ensemble prenant en compte l'avenir, sans se soucier des conséquences inéluctables et prévisibles, d'ailleurs prévues par les spécialistes. La construction de digues, de bassins de rétention, de barrages ou encore l'aménagement des cours d'eau ont été envisagés ou discutés mais dans tous les cas, jamais sérieusement entrepris.

Alors, d'inondation en inondation, devant les mêmes constats, face à la même incurie, à l'inertie complice des pouvoirs publics, il devient chaque fois plus évident que tant qu'on laisse la loi du fric commander, on s'expose aux mêmes catastrophes périodiques. La nécessité d'une organisation sociale et économique qui ne soit plus déterminée par la course au profit, mais par l'intervention planifiée, issue de la volonté démocratique des populations concernées, se fait de plus en plus urgente.

Stéphane HENIN


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