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Lutte Ouvrière n°2020 du 20 avril 2007
Editorial

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Des présidentiables qui ne préparent rien de bon pour les travailleurs.

À quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, Sarkozy s'est positionné encore plus nettement à droite. S'adressant aux électeurs de Le Pen, il a tenté de les séduire en leur disant : « Si vous vous êtes tournés vers le Front National dans le passé, c'est parce que nous avions renoncé à défendre les idées qui étaient les vôtres. » Cela signifie en clair que ces électeurs pourraient compter sur lui pour défendre ouvertement leurs idées xénophobes et réactionnaires. Et Sarkozy d'exalter la chrétienté et le temps des colonies.

Ce faisant, Sarkozy, en tant que repoussoir par rapport à tous ceux qui n'ont aucune envie de voir arriver au pouvoir cette droite s'appuyant sur la fraction la plus réactionnaire de l'électorat, est encore le meilleur agent électoral de Ségolène Royal. En effet, par rapport aux principaux problèmes auxquels s'affrontent aujourd'hui les classes populaires, celle-ci ne s'engage à rien de précis.

Elle utilise beaucoup de phrases creuses, du style de « la démocratie participative » et de « la France présidente », mais elle ne prend aucun engagement concret sur les salaires, à commencer par le smic - qui passera à 1 500 euros (brut, pas net !) « dès que possible ». Elle n'envisage que la création de 120 000 « logements sociaux » par an, ce qui signifie qu'il faudrait dix ans pour résorber les 1 200 000 demandes de HLM en attente. Quant au chômage, elle se borne à reprendre à son compte la vieille recette dont les faits ont démontré depuis des années l'inefficacité : réduire les charges sociales, sous prétexte d'inciter les patrons à créer des emplois.

Il n'est pas non plus question pour elle d'interdire les licenciements collectifs, ne serait-ce que dans les entreprises qui annoncent des bénéfices et dont les carnets de commandes sont pleins, comme Airbus. Elle a même été jusqu'à proposer le « contrat première chance », ce petit frère du CPE que la jeunesse avait mis en échec sous Villepin, qui permettrait à des patrons, pas toujours petits, de ne payer ni cotisations sociales, ni même salaires. Cela ne ferait que supprimer des emplois normaux.

On ne pouvait guère s'attendre à autre chose d'un Parti Socialiste qui a été quinze ans au gouvernement depuis 1981, et qui y a toujours défendu les intérêts du grand patronat, comme Ségolène Royal s'apprête à le faire si elle est élue. Il est d'ailleurs significatif qu'un certain nombre d'ex-ministres de ce parti, comme Rocard et Kouchner, rêvent ouvertement d'un accord avec cet homme de droite qu'est Bayrou. Collaborer au gouvernement avec de prétendus « centristes » à la Bayrou, c'est d'ailleurs ce qu'avait fait Rocard quand il était le Premier ministre de Mitterrand.

Pour le moment, Ségolène Royal traite une telle possibilité de « baroque ». Il faut bien qu'elle continue à appeler à voter pour elle-même au premier tour. Mais si elle est qualifiée pour le second, c'est peut-être bien de ce côté-là qu'elle cherchera des alliés.

Les travailleurs n'ont aucun intérêt à cautionner la politique du Parti Socialiste dès le premier tour, même s'ils souhaitent barrer la route de l'Elysée à Sarkozy et ses clins d'œil à l'extrême droite.

Car il faut montrer à Ségolène Royal et à tous les dirigeants socialistes que, s'ils reviennent au gouvernement, ce ne sera pas avec un mandat en blanc signé par la classe ouvrière. Et je me présente à cette élection pour permettre à tous ceux qui pensent qu'il faudrait mener une tout autre politique pour lutter contre le chômage, le scandale du logement, la baisse du niveau de vie, de l'exprimer.

Chacun des bulletins à mon nom permettra de dire qu'une fraction de la classe ouvrière est convaincue de ce programme. Même si elle devra l'imposer demain à l'élue ou à l'élu du deuxième tour, ou à la future majorité parlementaire.

Arlette LAGUILLER.

Éditorial des bulletins d'entreprise du 16 avril.


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