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Lutte Ouvrière n°2020 du 20 avril 2007
Leur société

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Michel Rocard et « l'alliance nécessaire Royal-Bayrou » : contre nature ou simplement prématuré ?

« J'affirme que, sur les urgences d'aujourd'hui, rien d'essentiel ne sépare plus en France les sociaux-démocrates et les démocrates sociaux, c'est-à-dire les socialistes et les centristes » : voilà ce que déclarait l'ancien Premier ministre de Mitterrand, Michel Rocard, dans une tribune du journal Le Monde du 14 avril. Et il poursuivait : « J'appelle donc François Bayrou et Ségolène Royal, avant le premier tour, à s'exprimer devant les Français à s'engager dans la voie de cette alliance. »

Cette sortie de Rocard n'a pas fait l'affaire de la candidate du Parti Socialiste, Ségolène Royal, dont le problème immédiat était de se qualifier pour le deuxième tour. À défaut de programme un peu attractif, le credo de Royal est de se présenter comme le meilleur barrage à Sarkozy. Aussi l'initiative intempestive de son « camarade de parti », présentant Bayrou comme une alternative tout aussi valable que « sa » candidate, ne peut dans l'immédiat que servir le candidat de la droite centriste, en facilitant le passage d'électeurs de gauche à ce dernier. Ségolène Royal, tout comme Hollande et les principaux leaders socialistes, ont donc condamné l'initiative de Rocard.

Cependant si Ségolène Royal, en réponse, a proclamé que : « L'UMP et l'UDF sont coresponsables du bilan dans lequel se trouve la France », elle a gardé la porte ouverte à la droite centriste en affirmant vouloir rassembler, au-delà de la gauche, « les républicains et les humanistes ».

En fait, cette alliance entre les socialistes et la droite centriste n'aurait rien d'inimaginable, ni rien de spécialement nouveau. Les centres d'intérêt et les électorats respectifs des socialistes et des centristes sont certes différents : une part notable de l'électorat de Ségolène Royal se trouve dans les classes populaires qui ne supportent plus les coups assénés par la droite au pouvoir. En revanche, leurs politiques respectives ne sont guère différentes, les uns comme les autres voulant gouverner en préservant les intérêts du grand patronat. Et puis, l'histoire du Parti Socialiste est émaillée des tentatives de nouer des alliances avec une partie de la droite, aujourd'hui appelée « centriste », hier « progressiste », « républicaine » ou « démocratique ». Le problème, le plus souvent, est venu des seules réticences de cette droite à répondre de façon conséquente à ces appels du pied.

En 1988, Mitterrand avait décidé de mettre au rancart feu l'Union de la gauche avec le PCF, pour tenter de débaucher la droite non-gaulliste, en confiant justement à Rocard le soin de conduire l'opération. Si quelques-uns répondirent à l'appel, les plus gros bataillons de la droite centriste se tinrent à l'écart et ces réticences firent échouer cette tentative.

Alors pour l'instant la proposition de Rocard a été rangée comme « inopportune »... en attendant peut-être de ressortir au lendemain du premier ou du second tour, en fonction des résultats.

Paul SOREL.


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