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Lutte Ouvrière n°2035 du 3 août 2007
Dans le monde

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Grande-Bretagne : Inondations : au-delà de la catastrophe naturelle, l'incurie de tout un système

Depuis les grandes crues de mars 1947, on n'avait pas vu de telles pluies ni de telles inondations en Grande-Bretagne.

Il est encore impossible de mesurer les dommages réels. On ne sait pas même le nombre des victimes, sans parler des blessés et « disparus ». Selon certaines sources, 37 000 maisons auraient été détruites en tout ou en partie. Mais d'autres sources laissent supposer un total bien supérieur. Du même coup, le nombre de sans-abri s'établirait, au moins pour les mois qui viennent, à plusieurs centaines de milliers.

Sans doute ne pouvait-on pas s'attendre à ce que les infrastructures, qui n'ont jamais été conçues pour cela, résistent à de telles conditions. Mais la brutalité des trombes d'eau n'a pas été seule responsable de l'étendue des inondations, ni du chaos qui en a résulté. En fait, c'est la négligence criminelle des autorités et de certaines grandes entreprises qui est apparue en cette occasion.

Cela fait en effet plusieurs années que des rapports officiels recommandent l'augmentation du budget de la lutte contre les inondations. Cette lutte comporte plusieurs aspects. L'un consiste à créer des ouvrages de défense, en particulier dans les villes, ce qui requiert de l'argent. Or, au lieu de cela, ce budget a été réduit de 15 % au cours des sept dernières années !

L'autre aspect consiste à s'assurer que les zones inondables proches des rivières ne soient pas envahies par les habitations et continuent à servir de « zone-tampon » en cas d'inondation. Pour cela, il faut que l'État ait la volonté politique de s'affronter aux promoteurs et autres spéculateurs immobiliers et aux groupes de pression agricoles. Or s'il existe bien une réglementation en la matière et pas moins de trois administrations chargées de sa mise en œuvre, toute cette bureaucratie n'aboutit qu'à une paralysie complète. Cela explique l'absence de mesures anti-inondation dans des régions comme l'Oxfordshire, où le prix du mètre carré de terrain est particulièrement élevé.

Mais ceci n'explique pas que 350 000 foyers se sont trouvés privés d'eau dans l'Oxfordshire pendant deux semaines et 45 000 d'électricité ; ni que, dans les zones urbaines du Yorkshire, les conduites d'égouts ont explosé en se déversant dans les rues, aggravant d'autant la situation.

Là, il faut chercher l'explication dans l'âpreté au gain des compagnies privatisées d'eau et d'électricité. Pour ce qui concerne les compagnies d'eau (qui s'occupent aussi des égouts) cela fait plusieurs années qu'elles s'entendent hypocritement avec le gouvernement à jouer toujours la même scène : les compagnies claironnent leur « désir » de moderniser leurs infrastructures et demandent en retour le droit d'augmenter leurs tarifs de, disons, 40 % ; ce à quoi le gouvernement répond en protestant bruyamment et en n'autorisant qu'une augmentation un peu supérieure à l'inflation. Moyennant quoi l'État a « sauvé » l'usager et les compagnies peuvent continuer à justifier leur refus d'investir.

D'ailleurs, tout le monde, des compagnies d'eau aux compagnies d'électricité, en passant par les compagnies d'assurances et promoteurs immobiliers pensent déjà à tirer parti des trombes d'eau d'hier, en annonçant aux consommateurs (ainsi qu'au gouvernement à qui ils réclament des subventions) qu'il leur faudra payer le « coût de l'aggravation du climat ».

François ROULEAU


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