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Lutte Ouvrière n°2035 du 3 août 2007
Dans le monde

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Afrique - Continuité dans le soutien aux dictateurs !

Sarkozy avait promis lors de la campagne électorale « une relation nouvelle, assainie, décomplexée » avec l'Afrique. Il voulait tourner la page de la corruption, aller au Ghana, en Tanzanie, en République démocratique du Congo. Ce serait la fin de « la Françafrique » !

Mais pour son premier voyage en Afrique, Sarkozy a suivi les traces de ses prédécesseurs, de Giscard à Chirac en passant par Mitterrand, il a rendu visite aux principaux présidents dictateurs du pré carré français, où se trouvent les principaux intérêts des multinationales françaises, de Total, Bouygues ou Bolloré.

Dans ses discours sur « l'immigration choisie » et la « colonisation », Sarkozy a fait preuve d'une rare condescendance. Il a certes qualifié la traite négrière et l'esclavage de crimes contre l'humanité. Il a reconnu du bout des lèvres « les méfaits de la colonisation » parlant en substance de l'exploitation et du pillage des ressources du sous-sol africain. Mais il a aussitôt atténué ses propos en affirmant avec cynisme que si les colonisateurs « se trompaient », ils « étaient sincères » ! Ce qui aux yeux du président français les absout de tous les crimes. Certes, la colonisation a été une mauvaise chose, mais c'est du passé. Que voilà une façon cavalière et légère de balayer d'un revers de main les responsabilités, les crimes de l'impérialisme français commis en Afrique depuis le début du XIXe siècle.

Mais, comble de cynisme, Sarkozy a choisi de renvoyer dos à dos les responsabilités des colonisateurs et des ex-colonisés, déclarant que « l'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur : la colonisation n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs, du fanatisme, de la corruption et de la prévarication ».

Mais qui peut croire un seul instant que plusieurs siècles de traite négrière, de domination coloniale n'ont laissé aucune trace ? Qui peut croire qu'après avoir divisé les peuples, les avoir fait s'opposer les uns aux autres, pendant près de deux siècles, l'impérialisme français n'aurait plus de responsabilité dans la situation de l'Afrique d'aujourd'hui ? Qui peut croire que la France, ancienne puissance tutélaire, ait laissé s'échapper les marchés que représentaient les colonies sans réagir ? La principale stratégie des gouvernements français, dans les années soixante, a été justement de mettre en place des dirigeants africains favorables à la France, par le trucage des élections, par l'élimination physique quand cela s'avérait nécessaire.

Non seulement la France est intervenue militairement, faisant la guerre aux peuples colonisés qui combattaient pour leur indépendance à Madagascar, en 1947, et plus tard en Algérie, mais elle a aussi massacré de nombreux indépendantistes au Cameroun, au Togo où elle a mis en selle un soudard tortionnaire du nom d'Eyadema, ancien soldat de l'armée française. Au Tchad, il y eut même une politique interventionniste. La France fit et défit les présidents, au gré de ses intérêts, de Tombalbaye à l'actuel dictateur Idriss Déby. Pas un chef d'État africain du pré carré français qui ne soit en place sans l'aval de l'Élysée depuis les années soixante. Dans les années soixante-dix, la France est intervenue dans la guerre du Biafra qui a fait près de deux millions de morts. À la même époque au Zaïre, elle a sauvé à plusieurs reprises l'ancien dictateur Mobutu. Par compagnie pétrolière interposée, le gouvernement français a financé les belligérants de la guerre civile du Congo-Brazzaville, au cours des années quatre-vingt-dix, hissant Sassou Nguesso au pouvoir, pour garder la main-mise sur les puits de pétrole. Le même gouvernement a entraîné militairement, financé et soutenu politiquement les responsables du génocide au Rwanda, en 1994. Enfin, l'armée française est toujours présente en Côte-d'Ivoire, au Sénégal, au Tchad, à Djibouti et au Gabon.

Tous ces faits ce sont déroulés bien après les indépendances africaines et illustrent l'omniprésence de l'impérialisme français en Afrique noire. Et ce n'est pas Omar Bongo, cet ancien des services secrets français, mis en selle par l'armée française et qui se maintient au pouvoir par une dictature féroce depuis 1967 qui contredira Sarkozy : les loups ne se mangent pas entre eux.

René CYRILLE


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