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Lutte Ouvrière n°2131 du 5 juin 2009
La Fête de Lutte Ouvrière

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Les interventions de Nathalie Arthaud (dimanche 31 mai)

Le responsable de la catastrophe économique et sociale n'est pas l'Europe, mais le capitalisme

(...) Des commentateurs se répandent en jérémiades pour déplorer que, dans cette campagne, on parle plus de la situation en France que de l'Europe !

Mais, d'un bout à l'autre, toute l'Europe présente le même spectacle d'usines qui ferment ou suppriment des emplois. Partout, s'aggrave le chômage.

Partout, se délabrent, faute de crédits, les hôpitaux, les écoles, les transports publics. Partout, la complaisance et les aides des gouvernements vont aux riches parasites, pendant que tous ceux qui travaillent, créent les richesses, font vivre la société, doivent se battre pour survivre. (...)

Il y a de quoi être révolté par cette organisation économique et sociale capable d'engendrer une telle catastrophe.

Cette catastrophe n'est pas due à quelques financiers trop pressés de gagner trop d'argent en peu de temps, comme l'expliquent les partis de droite. Elle n'est pas due non plus à une politique, la politique libérale, comme l'explique la gauche officielle, qui l'a d'ailleurs menée elle-même.

Elle est due au fonctionnement même du capitalisme, qui ne peut pas se passer de ces purges périodiques que sont les crises.

Les patrons ne visent pas seulement à compenser au détriment des salariés la diminution de leurs ventes, ils anticipent l'aggravation de la crise. Ils suppriment préventivement des emplois, ils diminuent les salaires par le biais du chômage partiel, et les déclarations optimistes des ministres qui annoncent périodiquement la sortie du tunnel n'y changent rien.

La guerre déclenchée par le grand capital ne l'est pas seulement contre les salariés, mais contre toutes les classes laborieuses.

Lorsque les trusts de l'agro-alimentaire ou les mammouths de la distribution réduisent de 30 % le prix auquel ils achètent le lait aux petits producteurs, tout en ne bougeant pas d'un centime le prix de vente aux consommateurs, qu'est-ce donc, si ce n'est du vol pur et simple et une attaque directe contre les petits paysans ?

Et puis, il y a bien d'autres catégories populaires qui, même lorsqu'elles ne sont pas directement attaquées par les groupes capitalistes, subissent les contrecoups des attaques contre les salariés. Lorsqu'une usine ferme ou licencie, c'est une agression non seulement contre les salariés, mais aussi contre tous ceux, épiceries, boulangeries, bistrots, dont les travailleurs constituent la clientèle.

Voilà ce qui se passe, pas seulement en France, mais partout en Europe. Le responsable de cette situation désastreuse n'est pas l'Europe, mais le capitalisme. L'Europe, comme tous les pays qui la composent, est dominée par les mêmes grands groupes capitalistes qui ont pour préoccupation exclusive d'accroître leurs profits, quitte à ruiner toute la société.

Alors, les véritables frontières ne passent pas entre les différents pays d'Europe, mais entre les classes sociales : d'un côté, les banquiers, les gros actionnaires des entreprises, la bourgeoisie qui non seulement s'en tire malgré la crise mais qui, bien souvent, accroît sa richesse et ses privilèges grâce à la crise ; et de l'autre côté, tous ceux dont l'avidité des possédants démolit les conditions d'existence.

Il n'est évidemment pas dans le pouvoir du Parlement européen de porter remède à cette catastrophe sociale. Les grands partis qui prétendent que, si l'on vote pour leurs listes, l'Europe sera meilleure, sont de fieffés menteurs. Ils savent que ce Parlement n'a pas le pouvoir d'interdire les licenciements, ni celui d'imposer des hausses de salaire. Il n'a surtout pas le pouvoir de toucher au grand patronat et à ses intérêts.

Les grands partis et les élections européennes

Pour convaincre les électeurs qu'il faut quand même aller voter, alors qu'ils sont préoccupés par des problèmes bien plus graves, on leur serine que la majorité des lois viennent désormais des institutions européennes. Mais le Parlement européen ne peut prendre des décisions que sur des questions sur lesquelles les gouvernements nationaux se sont déjà mis d'accord. Ce Parlement européen, même si ses pouvoirs législatifs s'élargissent peu à peu, n'est qu'un décorum pseudo-démocratique pour donner aux institutions européennes la caution des électeurs.

Alors, ce que cherchent les grands partis dans ces élections, ce n'est pas à faire prévaloir une certaine idée de l'Europe.

Si son score est bon, la majorité de droite s'en servira pour dire que l'électorat a confirmé la politique de Sarkozy, ses prétendues réformes qui sont autant d'attaques contre les classes populaires.

Le Parti Socialiste se servira de son propre score pour conforter sa prétention à revenir au gouvernement et gouverner, comme il le fait chaque fois qu'il en a la possibilité, au profit du grand patronat.

Les partis de droite sont dans leur rôle lorsqu'ils font une vertu de leur servilité envers la grande bourgeoisie. Ce sont des ennemis ouverts des travailleurs et ils s'en cachent d'autant moins qu'ils trouvent leur électorat dans cette partie réactionnaire de la petite bourgeoisie, nombreuse en France, qui hait les ouvriers. Cette petite bourgeoisie réactionnaire et antiouvrière navigue, au gré des circonstances, entre les candidats de droite et d'extrême droite. Lors de la présidentielle, Sarkozy avait réussi à la conquérir au détriment de Le Pen, en reprenant le langage et les gestes politiques de ce dernier.

Pour remobiliser cet électorat, les ténors de l'UMP ressortent les mêmes ficelles qu'il y a deux ans. Et Darcos de partir à la chasse aux armes dans les lycées et les collèges : portiques de détection de métaux à l'entrée des établissements scolaires, transformation des proviseurs en officiers de police, et des professeurs en matons chargés de fouiller les élèves...

C'est parfaitement ridicule, surtout en supprimant en même temps des milliers de postes d'enseignants et de surveillants. Mais, justement, la démagogie sécuritaire sert, outre son utilité électorale, à masquer la grande misère des écoles des quartiers populaires du fait du manque de personnels.

Et puis, voilà aussi la droite repartie en croisade contre l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Et Xavier Bertrand de faire frissonner dans les bonnes familles devant la menace d'une Europe qui aurait une frontière commune avec l'Irak !

Si l'on veut le prototype d'un politicien en phase avec l'électorat réactionnaire, on peut prendre ce député de l'UMP, affectueusement surnommé « le pitbull de Sarkozy », qui a eu l'idée de proposer, il y a quelques jours, que les travailleurs en congé maladie ou les femmes en congé maternité puissent continuer à exercer leur activité par le télétravail. Il a présenté son idée comme un « nouveau droit » pour les travailleurs ! Même le parti gouvernemental l'a désavoué, en tout cas pour le moment. Mais ce sont des gens comme cela qui se posent en représentants du peuple !

Le Parti Socialiste, lui, aimerait pouvoir capter à son profit le vote de tous ceux qui sont, à juste raison, dégoûtés de la clique de Sarkozy-Fillon, de ses « réformes », de sa politique antiouvrière. Mais, apparemment, il a du mal. L'électorat populaire, tout en n'ayant pas envie de voter pour Sarkozy, n'a pas envie pour autant de voter pour le Parti Socialiste.

Les cinq ans de pouvoir de la « gauche plurielle », c'est-à-dire d'un gouvernement dirigé par les socialistes, flanqués du Parti Communiste, n'ont pas laissé de souvenirs impérissables. En tout cas, pas de bons !

Quant à la politique défendue par le Parti Socialiste à l'occasion de ces élections, elle n'a vraiment pas de quoi attirer. Le Parti Socialiste parle dans cette campagne d'« Europe sociale ».

Mais l'« Europe sociale », c'est une expression creuse qui ne veut rien dire, c'est de la fumisterie ! Par moment, même la droite la reprend à son compte. Le capitalisme social n'a pas plus de sens pour l'Europe qu'il n'en a pour la France.

Il ne reste au Parti Socialiste qu'à employer le vieux slogan du « vote utile » ou du « vote efficace ». Mais efficace à quoi et à qui ? C'est un slogan qui vise toujours à amener les électeurs à ne pas voter selon leurs convictions.

L'expression d'« Europe sociale » a été reprise aussi sur la gauche du Parti Socialiste, notamment par la coalition du Front de gauche qui réunit le Parti Communiste et le Parti de Gauche. Mais elle n'a pas plus de sens dans la bouche de Mélenchon et de Marie-George Buffet que dans celle de Martine Aubry, voire de Bayrou ou de Barnier.

Le Front de gauche brandit aussi comme argument électoral son opposition au traité de Lisbonne, accusé d'être responsable de ce qu'il appelle « la dérive libérale de l'Europe », en sous-entendant par là la crise, les licenciements et, au bout du compte, toutes les attaques contre les classes populaires.

Cela pourrait n'être que stupide car, il faut le rappeler, le traité de Lisbonne n'a même pas encore été adopté.

Mais brandir le traité de Lisbonne, c'est surtout une tromperie visant plus particulièrement l'électorat populaire.

Le Parti Communiste s'est fait une spécialité d'accuser les traités pour ne pas accuser le système capitaliste lui-même que, par ailleurs, le PC comme Mélenchon ont justifié et servi en participant au gouvernement Jospin.

Bien sûr que tous les traités qu'ont édifiés au fil des ans les institutions de l'Union européenne sont des traités faits par et pour la bourgeoisie. Le traité de Lisbonne est, de plus, la copie conforme du projet de Constitution européenne. Il a été rejeté en France par l'électorat en 2005, avant que Sarkozy l'impose en le faisant voter par des députés à sa botte. Nous avons été de ceux qui ont appelé lors du référendum à voter contre ce projet. Mais faire de ce traité la source de tous les maux du capitalisme est une escroquerie.

Ce ne sont pas ces traités qui fondent la dictature des groupes capitalistes sur la société. Un patron n'a pas besoin que le traité de Lisbonne entre en application pour exploiter en temps ordinaire ses travailleurs, ou pour les licencier lorsque tel est son intérêt.

Le Front de gauche, qui se veut en guerre contre ce qu'il appelle le « social-libéralisme », retrouve le vieux discours des réformistes. Au lieu de désigner aux travailleurs leur véritable ennemi, ils agitent un leurre.

Eh bien oui, c'est le capitalisme qu'il faut combattre, pas un traité parmi les myriades de traités qui accompagnent son histoire. L'ennemi de la classe ouvrière n'est pas un chiffon de papier, mais une classe exploiteuse en chair et en os, la bourgeoisie. (...)


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