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Lutte Ouvrière n°2228 du 15 avril 2011
Dans le monde

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Côte d'Ivoire : Ouattara imposé avec l'aide de l'armée française

Le 11 avril, après plusieurs mois de résistance, Gbagbo a finalement dû céder la présidence de la Côte d'Ivoire à son rival Ouattara. « À aucun moment les forces françaises n'ont pénétré dans la résidence présidentielle », affirme l'état-major, pour démentir les rumeurs selon lesquelles les forces spéciales françaises auraient participé à l'arrestation de Gbagbo et de son entourage.

Les représentants officiels et les responsables militaires français soutiennent que les militaires de la force Licorne n'ont agi qu'« en soutien de l'opération ». Bel euphémisme pour dire que l'armée française, passée en quelques jours de 980 à 1 700 hommes, a joué un rôle majeur dans le dénouement de ce conflit, en faisant donner ses chars et ses hélicoptères pour pilonner les positions des partisans de Gbagbo et détruire en partie le bunker où ce dernier s'était retranché dans Abidjan.

Avec la complicité de l'ONU, l'impérialisme français a donc imposé le clan Ouattara, comme il avait durant une décennie, et plus particulièrement en s'interposant entre les rebelles du Nord et les forces gouvernementales en 2002, soutenu le clan Gbagbo, et avant lui tous les régimes qui se sont succédé à la tête du pays depuis l'indépendance. À commencer par Houphouët-Boigny, que l'ex-colonisateur a soutenu durant plus de trente ans, malgré son régime de parti unique où les opposants étaient emprisonnés, torturés, voire assassinés. Pas plus que la France n'a été gênée par Konan Bédié qui lui succéda à partir de 1993. Il fut pourtant l'inventeur en 1995 de l'« ivoirité », thèse raciste et xénophobe visant à dresser les « Ivoiriens de souche » contre les « Ivoiriens d'origine douteuse » et les « étrangers », pour discréditer l'ethnie dioula et Ouattara. Ce dernier sera d'ailleurs exclu de l'élection présidentielle de 2000.

C'est dire l'hypocrisie de Juppé quand il prétend que l'intervention française avait comme seul objectif de faire respecter la démocratie et l'élection de Ouattara à l'issue du scrutin de 2010. Tout comme il ment lorsqu'il prétend que le gouvernement français a agi dans le seul but de protéger les populations civiles. Car les troupes françaises n'ont jamais quitté le pays depuis son indépendance. À ce titre, elles ont aidé le pouvoir à se maintenir, en l'aidant par exemple à écraser les révoltes des minorités, comme celle des Bété dans l'ouest du pays en octobre 1970. Elles ont également fermé les yeux, tout comme la prétendue « force de paix » de l'ONU, lors des massacres organisés par les hommes de Gbagbo à proximité de la ligne de front en 2002, ou encore dans la région de Duékoué en juin 2005. Tout comme elles ont laissé Gbagbo et ses sous-fifres répandre, durant des mois, le poison de l'ethnisme et de la xénophobie dans la population, et armer leurs partisans, favorisant ainsi les assassinats d'immigrés burkinabés ou de membres de l'ethnie dioula suspects de sympathies pour Ouattara.

La présence des troupes françaises comme des casques bleus de l'ONU est bien davantage destinée à protéger les intérêts des entreprises occidentales implantées dans le pays qu'à assurer la protection des populations civiles ivoiriennes. Et ces intérêts sont nombreux dans le cacao et le café, dont la Côte d'Ivoire est l'un des premiers producteurs mondiaux, mais aussi dans les transports, les ports, le pétrole ou les travaux publics.

Quant à Ouattara, son passé aux côtés d'Houphouët-Boigny puis dans les hautes sphères du FMI, ses relations avec Sarkozy, « un ami de longue date », offrent peut-être des garanties quant à la défense des intérêts de l'impérialisme, et de l'impérialisme français en particulier. En revanche, il n'en offre aucune à la population pauvre ivoirienne. Cette dernière a même tout à craindre de l'arrivée au pouvoir du nouveau clan, et des règlements de comptes qu'il risque d'entraîner.

Roger MEYNIER


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