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Lutte Ouvrière n°2228 du 15 avril 2011
Dans le monde

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Portugal : le Parti Socialiste et la droite d'accord pour l'austérité

Premier ministre démissionnaire gérant les affaires courantes en attendant les élections législatives du 5 juin au Portugal, le socialiste José Socrates a demandé le 7 avril l'aide de l'Union européenne. Or c'est justement pour ne pas avoir à demander cette aide qu'il avait présenté son quatrième plan d'austérité, puis qu'il avait démissionné. L'opposition de droite (Parti Social-Démocrate et Parti Populaire) comme de gauche (Parti Communiste Portugais et Bloc de Gauche) ayant voté contre ce plan, il était en minorité.

Du côté du Parti Social-Démocrate (PSD) aussi les contorsions sont nombreuses. Le PSD est pour l'austérité. Il avait laissé passer les trois premiers plans d'austérité. Mais il a fait obstacle au quatrième pour obtenir la démission du gouvernement.

L'Union européenne aimerait bien que ces palinodies cessent. Elle accède bien sûr à la demande d'aide, pour répondre au désir des grandes banques, et a fait pression dans ce sens sur le gouvernement portugais. Mais elle ne libérera les 80 milliards de prêts que si les principaux partis portugais, le PS et le PSD, s'engagent à soutenir ensemble la politique d'austérité et renoncent à leur guéguerre politicienne. Ce ne sera pas facile en période de campagne électorale, où chaque parti veut se distinguer de son rival.

L'Union européenne et le Fonds monétaire international (qui fournirait un tiers des prêts) n'étaient pas seuls à pousser le Portugal à demander une aide. Le PSD y était favorable, mais aussi et surtout les banques portugaises (et leurs marraines européennes). Le 4 avril elles ont averti la Banque du Portugal que, faute de liquidités, elles ne pourraient plus acheter les titres de la dette portugaise, dont elles étaient jusqu'ici les plus grosses acheteuses. Sur le marché international, les taux d'intérêt montaient à 9 % pour les titres portugais et les agences de notation dégradaient la note du pays à un point tel que la faillite semblait imminente.

En échange de son aide, l'Union européenne non seulement valide pour trois ans le plan d'austérité de Socrates mais l'aggrave. Le soutien aux banques va s'accompagner de privatisations, de coupes dans les budgets sociaux et scolaires, de réductions des salaires, des retraites et du RMI, d'un « assouplissement » des règles qui régissent le marché du travail. Et cela dans un pays plongé depuis plus de dix ans dans une récession profonde faite de fermetures d'entreprises, de chômage, de précarité, où 20 % des salariés sont devenus de faux « indépendants » qui sont payés au moyen des « reçus verts » et n'ont bien souvent plus de couverture sociale.

Ce plan d'austérité a le soutien du président de la République Cavaco Silva (PSD), pour assurer « le financement des entreprises et des familles », a-t-il dit. Un appel à un « engagement national » en faveur de la paix politique, pendant et après les élections, a recueilli la signature des trois anciens présidents de la République, de caciques politiques, d'écrivains, de cinéastes, d'évêques. Les seules voix discordantes sont celles du Parti Communiste et du Bloc de Gauche. Mais ils s'unissent pour réclamer un gouvernement de gauche qui mène une politique de gauche, mais ne parlent pas de la mobilisation des travailleurs qui serait nécessaire pour arrêter les attaques de la bourgeoisie.

Le Portugal est le troisième pays à recevoir l'aide de l'Union européenne et du FMI, après la Grèce et l'Irlande. La question qui se pose est : à qui le tour ? Les commentateurs assurent qu'il n'y aura pas de quatrième, et que l'Espagne, par exemple, est à l'abri de tout mouvement spéculatif dangereux. Y croient-ils eux-mêmes ?

Vincent GELAS


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