photo Site national ligne
Hebdomadaire Lutte Ouvrière ligne
mensuel ligne
audio-LO ligne
U.C.I. ligne
la fête ligne
Lutte Ouvrière n°2232 du 13 mai 2011
Editorial

imprimante
Les seuls assistés, ce sont les banquiers et les gros actionnaires

Il faut mettre fin « aux dérives de l'assistanat », contraindre les bénéficiaires du RSA à cinq heures hebdomadaires de « service social » et « plafonner le cumul des minima sociaux ». Le ministricule qui a proféré cette proposition, Laurent Wauquiez, rejeton d'une famille bourgeoise, un des jeunes loups du gouvernement Sarkozy-Fillon, a toute la morgue de ses aînés, riches ou laquais des riches.

Le chômage est de plus en plus catastrophique. Une fois qu'on a été licencié, on n'a pratiquement pas de chances de retrouver du travail, et en tout cas pas avec le même salaire qu'auparavant. Pour les vieux travailleurs, c'est sans espoir. Pour ce qui est des jeunes, ils sont de plus en plus nombreux à « tenir les murs » ou à galérer de petits boulots en petits boulots. Et, parmi les licencieurs, un des plus importants c'est l'État lui-même. Un fonctionnaire sur deux partant à la retraite n'est pas remplacé. Les services publics les plus indispensables, la santé, la Sécurité sociale, l'éducation, la poste, les transports collectifs, en paient le prix et se dégradent.

Et Wauquiez de considérer tous les chômeurs comme des fainéants qu'il faut faire travailler !

Ses collègues ont tous le même culot. Ainsi Christine Lagarde, la ministre de l'Économie et des Finances, donne à la télévision des conseils sur la meilleure façon de vivre avec un salaire d'ouvrier, avec lequel on ne peut pas s'en sortir : « ne pas s'endetter », « bien lire les contrats, y compris ce qui est écrit en tout petit », « pour ne pas payer trop cher les factures de téléphone, changer régulièrement d'opérateur » et, si l'essence coûte trop cher, il faut prendre son vélo. Qu'ils continuent comme cela, ces ministres qui n'ont pas de problèmes de fin de mois ! Leur cynisme finira par provoquer une explosion sociale !

Tous ces gens qui nous gouvernent connaissent la situation des salariés. Ils savent qu'avec les hausses de prix qui se sont accélérées, des loyers à l'électricité, de l'essence à la nourriture, les 1 050 euros net du smic ne suffisent absolument pas. Or le smic, de salaire minimum, est devenu un salaire moyen, sinon même un salaire enviable pour tous ceux qui, avec des petits boulots ou des contrats intermittents, doivent s'en sortir avec la moitié de cette somme.

Ceux qui nous dirigent savent tout cela, mais ils imposent quand même une politique d'austérité de plus en plus impitoyable. Ils l'imposent en brandissant le montant de la dette publique. Elle est en effet catastrophique. Mais elle n'a pas été creusée en offrant des salaires trop élevés aux travailleurs de l'État. Elle n'a pas été creusée pour aider les retraités ou les chômeurs. Elle a été creusée par les milliards versés aux banquiers, aux patrons et actionnaires des grandes entreprises, comme aux riches particuliers. Qui, parmi les salariés, a pu prendre sa part dans cette ristourne de 300 millions d'euros versés par le Trésor public à quelques centaines d'individus les plus riches de ce pays, dont madame Bettencourt ? Ce sont eux les seuls assistés, et à une échelle gigantesque !

Ce n'est pas l'argent qui manque pour payer des salaires corrects. Ce n'est pas l'argent qui manque pour embaucher dans tous les services publics. Ce n'est pas l'argent qui manque pour assurer une retraite digne aux travailleurs âgés.

Mais ceux qui dirigent la société, les politiques sur le devant de la scène et les capitalistes, les banquiers, les gros actionnaires qui tirent les ficelles en coulisse, mènent une politique de classe. Une politique qui aboutit à faire crever la majorité de la population afin que la minorité la plus riche s'en sorte bien malgré la crise.

Cette situation devient de plus en plus intenable. Et nous n'avons pas à croire les charlatans qui brandissent l'élection présidentielle de 2012 comme une échéance où les choses peuvent s'améliorer, des dignitaires du PS à Marine Le Pen, en passant par Sarkozy et son clan. Tous ceux qui réfléchissent un peu savent que promettre des changements en 2012 est un mensonge grossier, éhonté. Les élections changeront peut-être le nom de celui qui occupe l'Élysée mais ne modifieront en rien le pouvoir dictatorial des plus riches sur la société. Ceux-là, ils ne sont sensibles qu'au rapport de forces. Ils ne lâcheront quelque chose aux travailleurs que s'ils se sentent menacés. Et menacés non seulement dans leurs profits mais aussi dans leurs propriétés.

La société est grosse d'une explosion sociale. La poudre aux yeux électorale ne pourra pas la désamorcer. Pour les riches et pour leurs serviteurs, c'est un motif de crainte. Pour le monde du travail, c'est un motif d'espoir.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 9 mai


audioVersion audio
Lutte Ouvrière - BP 233 - 75865 PARIS CEDEX 18 - Tel : 01 48 10 86 20 - enveloppe contact - enveloppe webmaster