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Lutte Ouvrière n°2240 du 8 juillet 2011
Editorial

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Derrière leur spectacle, l'affrontement à préparer

45 % des gens, une personne sur deux, ne partent pas en vacances cet été, faute d'en avoir les moyens. Un record paraît-il. Leur divertissement sera cependant assuré, s'ils ont la radio ou la télévision.

Il y a le feuilleton DSK, ses frasques, son fric, son déjeuner entre amis à 600 dollars, et la lancinante question qui taraude les journalistes et les sondeurs : quel avenir politique pour l'ex-directeur général du FMI, ex-candidat présumé du Parti socialiste à la présidence de la République ? À peine ce feuilleton a-t-il connu une brève interruption qu'on lui a substitué le conte de fées d'un prince épousant une roturière dans une principauté d'opérette, entre banques et casinos. Et comme ces deux affaires commencent à lasser sérieusement un téléspectateur normal, voilà le Tour de France avec ses affaires de dopage réel ou supposé, ses vrais et faux suspenses !

Pendant qu'on amuse la galerie, les nuages d'une nouvelle crise financière s'amoncellent partout dans le monde.

La Grèce est déjà frappée par la tempête financière qui commence. Des emplois supprimés, des salaires réduits, des retraites amputées, des protections sociales démolies, des services publics vendus à l'encan. À part les grandes fortunes, les banquiers, les investisseurs venus de France ou d'Allemagne qui ont misé des milliards en spéculant sur la ruine de ce pays, toute la population est contrainte de rembourser une dette qu'elle n'a pas faite et dont elle n'a pas bénéficié.

Tout le monde sait que la Grèce n'est qu'un premier maillon et que, derrière, il y a le Portugal, l'Irlande, l'Espagne et peut-être demain l'Italie et après-demain la France. Car le mal qui frappe la Grèce ne doit rien à la spécificité de son peuple ni même à la corruption de ceux qui la dirigent.

Le mal qui frappe ce pays et qui frappera les autres inévitablement, c'est la spéculation financière et, derrière elle, la crise de l'économie capitaliste.

Ceux qui en Grèce refusent le plan d'austérité que leur imposent leur gouvernement et une majorité parlementaire, socialiste mais aussi servile envers les banquiers que la majorité de droite en France, se battent le dos au mur. Ils ont droit à toute notre solidarité en tant qu'exploités étranglés par des usuriers.

Il faut cependant que ce qui leur arrive nous serve d'exemple et nous aide à nous préparer à ce qui nous arrivera inévitablement à nous aussi. Car la question n'est pas de savoir si la crise de la dette et la politique d'austérité que cela entraîne nous frapperont. Elles nous frapperont à coup sûr, et peut-être plus gravement qu'en Grèce.

La question est de savoir si les exploités seront capables de se défendre et de faire en sorte que les dégâts de la crise soient payés par ceux qui en sont les responsables : les grandes entreprises capitalistes, les banquiers, le grand patronat, la grande bourgeoisie.

Les grandes phrases sur « l'unité nationale », sur « l'intérêt de tous les Français », sur « les sacrifices partagés » sont des balivernes, des mensonges destinés à désarmer les exploités. C'est eux ou nous ! Dans la lutte pour décider qui l'emportera, la grande bourgeoisie a beaucoup de longueurs d'avance. Les dirigeants politiques sont à son service, ceux de la droite et de l'extrême droite comme ceux de la gauche gouvernementale. Sont à son service aussi les grands moyens d'information, qui répètent comme une vérité incontournable qu'une dette doit être payée. Mais le simple bon sens nous dit que ce sont ceux qui ont fait cette dette qui doivent la payer, pas ceux qui n'y sont pour rien.

Aussi en avance que puisse être la grande bourgeoisie, les travailleurs ont pour eux le nombre, ils ont pour eux que l'économie capitaliste ne peut pas fonctionner sans eux. Il faut que les exploités utilisent ce qui fait leur force pour imposer leurs exigences dans deux domaines vitaux pour eux : assurer leur emploi et garantir un salaire correct.

Assurer son emploi, c'est imposer l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire. Assurer son pouvoir d'achat miné par l'inflation, c'est imposer l'indexation automatique des salaires et des pensions sur les hausses de prix, l'échelle mobile des salaires. Imposer cela exige de se donner les moyens d'ôter aux patrons, aux conseils d'administration, le pouvoir dictatorial qu'ils exercent sur les entreprises, en imposant le contrôle des travailleurs et de la population sur celles-ci.

Notre avenir et l'avenir de la société en dépendent.

Éditorial des bulletins d'entreprise du 4 juillet


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