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Lutte Ouvrière n°2287 du 1er juin 2012
Dans le monde

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Portugal : la santé victime de l'austérité

Les politiques d'austérité menées par les gouvernements portugais successifs frappent de plein fouet le système de santé et précipitent une détérioration amorcée depuis des années. Selon une syndicaliste de la santé, « nous avons actuellement le meilleur système de santé que notre pays ait connu, mais l'État est en train de le torpiller », « nous sommes en train de revenir trente ans en arrière ».

Le cadre actuel remonte à la période 1974-1975, après la « révolution des œillets ». Le système de santé gratuit et de qualité alors mis sur pied, et inscrit dans la constitution, avait permis de faire chuter la mortalité infantile et d'allonger considérablement l'espérance de vie. Il reposait, dans les villages et les quartiers, sur les centres de santé où exercent les médecins généralistes (les cabinets privés sont l'exception) et dans les villes sur les hôpitaux publics. Mais les « réformes » venues ensuite ont consisté à s'attaquer peu à peu à la gratuité et à développer des cliniques privées payantes à l'usage des riches.

Les médecins et les centres de santé sont insuffisamment nombreux à la campagne et dans les quartiers populaires. En conséquence les urgences hospitalières, seul recours dans le secteur public, ont été débordées. Pour obtenir un rendez-vous auprès d'un spécialiste à l'hôpital, il faut des mois ; puis des mois encore pour une opération. Au point que les autorités sanitaires ont fixé comme objectif national que les délais d'un rendez-vous ne dépassent pas onze mois ! Et pour un rendez-vous il faut prévoir un jour de congé, tant les emplois du temps des médecins sont surchargés.

Le remède a consisté, pour les gouvernements, à tenter de décourager le patient, devenu un « client », en le faisant payer toujours plus. À chaque visite chez le généraliste, 5 euros restent à la charge du malade. Les déremboursements font que les médicaments coûtent plus cher chaque année : 3 % par exemple en moyenne en 2011. Mais lors d'un passage aux urgences, il faut payer 20 euros. Parallèlement le budget de la santé, et donc celui des hôpitaux, a été réduit. En 2011 il a perdu 9 %, 710 millions. Cette année on vise 800 millions d'économies, en regroupant les services, en baissant les remboursements et en augmentant le forfait hospitalier.

Pendant ce temps, pour ceux qui peuvent payer cher, les cliniques privées ne connaissent pas de coupes budgétaires et une médecine à deux vitesses est bien installée.

Le gouvernement portugais de Passos Coelho et la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) qui le supervise voudront peut-être imposer encore plus d'économies, quitte à ce que ce soit au prix d'une dégradation de la santé de la population modeste. Mais c'est une bombe à retardement social qu'ils sont en train de se préparer.

Vincent GELAS


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