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Lutte Ouvrière n°2288 du 8 juin 2012
Dans le monde

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Espagne : crise financière, crise économique - un racket qui ruine la société

Personne ne sait actuellement si les milliards d'euros accordés par l'État espagnol à la banque en déroute Bankia empêcheront l'accélération de la déroute bancaire de l'Espagne. Les dirigeants espagnols espèrent que les institutions financières européennes se contenteront d'intervenir au niveau des banques menacées de faillite, sans se mêler des choix politiques et financiers du gouvernement lui-même. Ils expliquent que l'Espagne, qui pèse 12 % du budget européen, ne peut être traitée comme la Grèce ou le Portugal. Mais la pression des autorités européennes est forte, car elles veulent enrayer au plus vite une épidémie de faillites qui pourrait être d'autant plus lourde de conséquence que les établissements financiers espagnols ont de nombreuses ramifications internationales.

Toujours est-il que la preuve est faite que les quelque 23 milliards d'euros épongés dans l'affaire Bankia, cette banque née de la fusion de sept caisses d'épargne ruinées par les prêts insolvables qui ont mis à la rue tant de foyers, n'aura servi à rien. À rien, sauf à enrichir les quelques hauts dirigeants de Bankia, qui ont empoché à titre personnel -- en tout bien et tout... déshonneur -- quelque 22 millions d'euros en 2011.

Aujourd'hui, ce qu'on appelle la nationalisation de Bankia, en réalité le refinancement par l'État de l'un des organismes financiers qui est au cœur de l'effondrement de la bulle immobilière, joue à nouveau un rôle décisif dans l'aggravation de la crise en Espagne. Et le montage financier mis en place s'avère impuissant à stabiliser les rapports entre les établissements financiers espagnols et ceux des plus grandes puissances mondiales.

Les dirigeants de l'État espagnol continuent donc de faire ce qu'ils font depuis 2008 : racketter la population, expulser ceux qui ne peuvent assumer leurs créances et leurs hypothèques, jeter à la rue les travailleurs de la construction et de l'industrie touchés par la récession, réduire les budgets de l'enseignement, de la santé, des transports et de tous les services publics, en rognant sur les prestations habituelles et sur les salaires de leurs travailleurs.

Les travailleurs de divers secteurs (mines des Asturies, chantiers navals de Cadix, etc.), les chômeurs et les expulsés de leurs logements manifestent de plus en plus fort leur mécontentement et leur colère. La contestation n'est pas seulement portée par des « indignés ». Elle est aussi le fait de militants associatifs qui, dans les quartiers, organisent des réactions quand on jette hors de leur logement des familles qui ne peuvent plus faire face aux remboursements de leurs emprunts. Elle émane aussi de syndicalistes, de militants ouvriers qui animent des réactions collectives dans les mines, les quartiers ouvriers, contre les licenciements, les fermetures d'entreprises, en essayant de lier les revendications des travailleurs à celles des chômeurs.

Les politiciens de gauche ont déçu les classes populaires. Les politiciens de droite les attaquent de front. Alors, dans les Asturies où les mines sont menacées de fermeture, en Catalogne, en Andalousie, dans la région de Valence, et en fait dans toutes les régions d'Espagne, la colère couve et parfois éclate ponctuellement. Le pouvoir en place en a conscience, et les interventions de la police à Madrid, à Valence, en Catalogne ou encore dans des petites villes sont plus agressives que dans les mois précédents.

Un nombre croissant de travailleurs, de salariés, de chômeurs prennent conscience que les sacrifices qu'on leur impose ne sont pas une fatalité. Ils ont conscience que l'argent existe, que les richesses existent et que le monde du travail aurait la force et les moyens d'empêcher cette régression sociale, en s'en prenant aux vrais responsables de la crise, les capitalistes, les banquiers et les politiciens à leur service, pour les faire reculer.

Henriette MAUTHEY


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