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Lutte Ouvrière n°2306 du 12 octobre 2012
Dans le monde

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Afrique du Sud : la lutte des mineurs continue

La vague de grèves sauvages qui, partie de la mine de platine Lonmin de Marikana au début août, s'était étendue au secteur du platine après le massacre de 34 grévistes de Marikana le 16 août, entre maintenant dans son deuxième mois. Et loin de marquer le pas, elle semble constamment trouver un nouveau souffle, malgré la politique de plus en plus répressive tant de l'État que du patronat.

Le mécontentement éclate partout

La mi-septembre a marqué une seconde étape dans le mouvement, où on l'a vu simultanément s'étendre à d'autres secteurs miniers, tandis que les grévistes de Marikana obtenaient des concessions significatives de Lonmin. À partir de là, le mouvement s'est développé à une cadence accélérée, gagnant les secteurs du chrome, de l'or, du charbon, du fer et du diamant.

Le 7 octobre, face à l'annonce quotidienne de nouvelles mines paralysées par la grève, montrant que le mouvement continuait à se développer, la Chambre des mines de Johannesburg, organisme patronal regroupant les principales compagnies minières, tirait la sonnette d'alarme. Elle estimait que 24 de ces compagnies étaient désormais paralysées, pour un total de 100 000 grévistes. Sachant que cette estimation ne tient pas compte des quelque 40 % d'ouvriers sous-traitants qu'emploient les grandes mines, on voit à quel point on est désormais loin des 20 à 30 000 grévistes du début septembre.

Qui plus est, entre-temps, ces grèves sauvages ont commencé à faire des émules dans d'autres industries. Ainsi, le 27 septembre, les ouvriers de l'usine de montage Toyota de Durban déclenchaient une grève sauvage sur les salaires -- chose rarissime dans l'automobile ces dernières années -- pour obtenir satisfaction après quatre jours de grève. Peu après, cette fois dans la province du Limpopo, à l'autre bout du pays, c'était les employés municipaux qui se lançaient dans une grève sauvage sur les salaires.

Mais le fait potentiellement le plus important de ces dernières semaines a peut-être été le déclenchement d'une grève nationale de plusieurs dizaines de milliers de camionneurs salariés, qui a commencé le 24 septembre et qui pourrait bien s'étendre aux salariés de Transnet, le monopole ferroviaire et portuaire d'État.

Contrairement aux grèves de mineurs, cette grève des camionneurs n'est pas une grève sauvage puisqu'elle a été lancée par les appareils syndicaux. En fait le principal syndicat du secteur, Satawu, qui est affilié comme le syndicat des mineurs à Cosatu, la confédération liée au pouvoir, a perdu récemment une partie importante de ses effectifs à l'occasion d'une scission. Et c'est très probablement par crainte de se faire doubler sur leur gauche par le syndicat scissionniste et de perdre tout crédit parmi les camionneurs, dans l'atmosphère de contestation des appareils syndicaux établis créée par les grèves de mineurs, que les dirigeants de Satawu se sont décidés à prendre la tête du mécontentement.

Mais du coup, et même si les deux mouvements ne semblent pas encore avoir trouvé le moyen de se renforcer mutuellement, leur coexistence constitue un facteur de généralisation -- un de plus -- dans la crise sociale qui agite le pays.

Répression et tentatives de reprise en main

Pendant ce temps, les autorités ne restent pas l'arme au pied. Dès le 14 septembre, le ministre de la Justice avait annoncé des mesures d'exception. Dans les jours qui suivirent, le président Zuma autorisait le déploiement de l'armée dans tout le pays pour « renforcer la police ». Partout, les autorités recevaient l'ordre de refuser les autorisations de manifestations ou rassemblements sur la voie publique qu'on leur soumettrait.

Dans les régions affectées par les mouvements de grève, cela s'est traduit par l'interdiction systématique faite aux grévistes de manifester et même de se rassembler dans des enceintes closes. Et là où ceux-ci ne se sont pas laissé faire, comme dans la région de Rustenburg ou dans le bassin aurifère de Carltonville, il s'en est suivi des batailles rangées avec la police et l'armée, dans lesquelles les grévistes se sont défendus en érigeant des barricades et en incendiant les véhicules des forces de répression. Au moins quatre grévistes ont été abattus par la police au cours de ces affrontements, bien qu'il soit impossible de savoir le nombre réel des victimes.

À leur tour, les grandes compagnies sont passées à l'offensive. Le 5 octobre, le numéro un du platine, Anglo Platinum, annonçait le licenciement immédiat de 12 000 grévistes. Le lendemain, une autre compagnie du secteur du platine, elle aussi filiale du géant Anglo-American, licenciait 2 500 grévistes supplémentaires. Un autre géant, du secteur de l'or celui-là, GoldFields, organisait l'éviction de 5 500 grévistes migrants hébergés dans des quartiers pour célibataires appartenant à la compagnie.

Pendant ce temps, pour reprendre le contrôle des événements, la direction du syndicat des mineurs obtenait, sans difficulté, de la Chambre des mines l'ouverture de discussions visant à négocier un avenant aux conventions collectives de l'or et du charbon, et la mise en place d'une convention collective dans le platine.

Toutes ces grandes manœuvres suffiront-elles à ramener l'ordre, comme l'espère la coalition du pouvoir, des leaders syndicaux et des compagnies minières ? L'avenir le dira, mais on peut en douter. Après tout, en janvier dernier, les mineurs d'Impala Platinum avaient eux aussi été licenciés en masse à la suite d'une grève sauvage, tout en subissant les assauts de la police. Mais ils avaient tenu bon, imposé la réintégration de la plupart des licenciés et obtenu une augmentation de salaire importante.

Alors, aujourd'hui où ils sont plus d'une centaine de milliers dans la lutte, où le mécontentement des travailleurs et des pauvres semble partout chercher à s'exprimer, la classe ouvrière sud-africaine dispose d'un levier formidable, capable de balayer tous les obstacles, pourvu qu'elle dispose d'une politique susceptible d'unifier ses forces.

Amanda HUNT


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