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Lutte Ouvrière n°2307 du 19 octobre 2012
Dans le monde

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Hollande passe en revue la Françafrique

Au cours de son déplacement à Dakar puis à Kinshasa, où se déroulait le sommet de la francophonie, François Hollande n'a cessé de dire, repris par ministres et journalistes, que le temps de la Françafrique était révolu. Or s'il est bien une chose que cette visite montre c'est qu'elle n'est pas morte.

Hollande a évité toute phrase qui aurait pu fâcher les gouvernants africains réunis à Kinshasa. Il était d'ailleurs assez facile de plaire, après les fanfaronnades de Sarkozy à Dakar en 2007 et ses propos méprisants sur « l'homme africain qui n'est pas assez entré dans l'histoire ». Hollande n'a pas été non plus avare de belles formules sur « ce continent où se joue l'avenir de la planète ». Il a brodé sur les thèmes du respect, de la sincérité, du partenariat, du refus de l'ingérence qui ne va pas sans exigence.

Mais qu'est-ce que la francophonie, sinon le nouvel habit du colonialisme français et de la Françafrique ? Celui qui occupe le poste de gérant de la bourgeoisie française fait la tournée des vassaux. À ceux qui, comme le président du Sénégal, peuvent se flatter de ne pas trop manier le gourdin, il décerne un brevet de démocratie. Aux nombreux autres, les Kabila, Sassou Nguesso, Bongo, Compaoré ou Biya, qui, de notoriété publique, sont des dictateurs, il glisse avec délicatesse quelques conseils de bonne gouvernance. Il pousse l'audace jusqu'à dire : « Il n'y a pas de vrai développement économique ni de vrai progrès social sans démocratie. »

Il n'y a là aucun changement, car les gouvernements français n'ont jamais été économes de bonnes paroles. Même les interventions militaires directes se sont toujours faites sous le couvert de la défense de la démocratie, de la coopération, du partenariat. Et l'État français a toujours les moyens d'intervenir rapidement en Afrique, grâce aux bases qu'il y conserve et aux troupes qu'il y entretient. Et Hollande ne manifeste aucun souhait de mettre fin à ce qui est une présence colonialiste.

Par ailleurs, une partie non négligeable des grandes fortunes françaises ont des intérêts économiques en Afrique. Bolloré par exemple y exploite des ports, des lignes de chemin de fer. Et il est en bonne compagnie avec Areva, Total, Bouygues, Orange, etc. L'arachide, le café, le cacao, les bois tropicaux atterrissent en France et enrichissent les bourgeois bien de chez nous. Voilà le « partenariat » avec l'Afrique : ses matières premières, son commerce viennent enrichir les industriels, les banquiers français. Les troupes françaises veillent à la bonne marche de ce partenariat : telle l'opération Licorne lors des massacres au Rwanda, ou l'intervention en Côte d'Ivoire sous couvert de l'ONU.

Au moins depuis l'époque Mitterrand, on n'arrête pas d'enterrer la Françafrique. Mais elle a la vie dure, comme l'impérialisme, et les discours de Hollande n'y changent rien.

Vincent GELAS


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