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Lutte Ouvrière n°2308 du 26 octobre 2012
Dans le monde

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Turquie : en procès pour avoir revendiqué son athéisme

Le pianiste et compositeur turc Fazil Say, âgé de 42 ans, mène une brillante carrière internationale. C'est sa notoriété qui lui vaut aujourd'hui de faire la une de l'actualité en Turquie, où il passe en procès pour avoir publié sur son compte Twitter des propos jugés offensants envers l'islam. Il risque dix-huit mois de prison.

Sur Internet, Fazil Say a revendiqué son athéisme, plaisanté sur un muezzin et cité les vers d'un poète persan, Ommar Khayyam : « Vous dites que des rivières de vin coulent au paradis. Le paradis est-il une taverne pour vous ? Vous dites que deux vierges y attendent chaque croyant. Le paradis est-il un bordel pour vous ? »

Sous prétexte de respecter les croyances de chacun, la justice et le gouvernement turc dirigé par le parti islamiste dit « modéré » AKP (Parti de la justice et du développement) veulent faire taire tous ceux qui ne partagent pas leur vision d'un ordre moral religieux imposé à tous. Il s'agit d'imposer un carcan à la population, en l'occurrence sans le moindre « respect » pour les croyances de chacun.

Fazil Say est inculpé en vertu d'un article du nouveau code pénal adopté en 2004, selon lequel « le dénigrement des croyances religieuses d'un groupe » est un délit. Il n'est pas le premier, l'écrivain Orhan Pamuk, par exemple, a également subi un procès. Et plusieurs milliers d'étudiants sont en prison pour délit d'opinion.

Fazil Say s'était déjà attiré des ennuis en 2007, en créant une œuvre consacrée au massacre de Sivas qui avait eu lieu en 1993. Cette année-là, lors d'un rassemblement d'artistes et d'intellectuels de gauche, des islamistes intégristes avaient mis le feu à un hôtel où se trouvaient les participants, faisant 37 morts. Vingt ans plus tard, les responsables n'ont pas été jugés et le gouvernement de l'AKP n'apprécie toujours pas qu'on évoque le sujet, même dans une œuvre musicale.

Fazil Say peut aujourd'hui envisager de s'exiler au Japon dans le pire des cas. Mais ils ne sont pas nombreux à pouvoir le faire. Ceux qui refusent cette intolérance fondée sur des références au respect des dogmes religieux et l'interdiction du blasphème doivent être nombreux à se faire entendre en Turquie... et ailleurs.

Pierre MERLET


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