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Lutte Ouvrière n°2309 du 2 novembre 2012
Dans le monde

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Le franc CFA : vestige de la colonisation et instrument de l'impérialisme

Le 5 octobre, les représentants des quinze pays membres de la « zone CFA » se sont réunis à Paris autour du ministre français de l'Économie pour célébrer le 40e anniversaire des « accords de coopération monétaire » entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique noire.

Cette réunion précédait le voyage de Hollande en Afrique, les discours sur la fin de la « Françafrique », les assurances mutuelles de nouveaux rapports fondés sur l'égalité et autres balivernes. Dans leurs interventions commémoratives, le ministre Moscovici comme le directeur de la Banque de France ont souligné que cette monnaie existe en fait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et qu'elle s'est maintenue à travers tous les bouleversements politiques, toutes les crises, toutes les secousses qu'ont connus l'Afrique et le monde depuis cette époque lointaine. Et d'ajouter que le franc CFA devait perdurer. Autant dire que doit perdurer la domination de l'impérialisme français sur ses anciennes colonies, le pillage de l'Afrique par les Bolloré, Areva, Bouygues et consorts.

Voici, à propos du franc CFA, un extrait du dernier numéro du mensuel trotskyste Le Pouvoir aux travailleurs, publié par l'Union africaine des travailleurs communistes internationalistes.

« Créé au temps de la colonisation, le 26 décembre 1945, le franc CFA signifiait alors « franc des colonies françaises d'Afrique ». En 1958, il devient « franc de la communauté française d'Afrique » puis, en 1972, « franc de la communauté financière africaine ». Il s'agit donc du 40e anniversaire du dernier avatar du CFA et non de son origine qui date de près de soixante-dix ans.

Comme du temps de la colonie et du protectorat, c'est la Banque de France qui garantit la convertibilité de cette monnaie. Aucun État de la zone franc n'a le droit de l'émettre. Seul le Trésor public en a la possibilité. Pour bénéficier de cette « protection », les États membres doivent déposer sur les comptes du Trésor français la moitié de leurs réserves de change.

Ainsi donc, même si le franc CFA a changé de nom tout au long de son histoire et qu'on ne parle plus de colonies mais plutôt de la « coopération financière » de surcroît non plus « française » mais « africaine », le fond de la question reste le même : c'est le prolongement de la domination coloniale.

Certains pays en sont sortis définitivement. C'est le cas de la Guinée (Conakry) dès 1958, suite au « non » de Sékou Touré lors du référendum proposé par de Gaulle. C'est aussi le cas de la Mauritanie en 1972, puis de Madagascar en 1973. Le Mali en est sorti en 1962, sous Modibo Keita, pour le réintégrer en 1984 sous Moussa Traoré. D'autres, tout en n'étant pas d'anciennes colonies françaises, y ont adhéré bien après leur indépendance. C'est le cas de la Guinée équatoriale en 1985 et de la Guinée-Bissau en 1997.

Au sein des intellectuels nationalistes africains, des voix s'élèvent pour dire que les pays de la zone franc devraient en sortir une fois pour toutes afin de recouvrer leur « souveraineté monétaire ». Ils citent comme exemples à suivre le Nigeria et le Ghana, qui peuvent émettre leur monnaie en fonction de leurs besoins sans en référer à une puissance tutélaire. Leurs détracteurs, partisans du maintien de la zone franc, disent que ce serait suicidaire car c'est grâce à la garantie offerte par la Banque de France et à la « convertibilité illimitée » de leur monnaie que ces États « échappent à l'instabilité monétaire » et sont avantagés dans les importations de marchandises du fait de leur « monnaie forte ».

Ce débat entre « souverainistes » et partisans de la « monnaie forte » ne concerne qu'un petit cercle restreint d'économistes bourgeois qui sont d'accord sur le fond : à savoir qu'il faut rester dans le cadre de l'économie capitaliste. Mais pour un ouvrier qui perçoit un salaire de misère, ou pour un petit paysan qui survit en vendant les récoltes de son champ, ce qui est important ce n'est pas le fait qu'il soit payé en naira (monnaie du Nigeria) ou en franc CFA ou toute autre monnaie. Ce qui compte pour lui, c'est qu'il puisse vivre décemment et nourrir sa famille par son travail.

Faire croire que les intérêts des travailleurs et des petits paysans sont les mêmes que ceux des États et des gouvernements qui les oppriment est une tromperie. La question qui se pose n'est pas celle de rester ou de sortir de la zone franc mais celle d'en finir ou pas avec le système capitaliste, source d'exploitation et de misère. »


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