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Lutte Ouvrière n°2313 du 30 novembre 2012
Dans le monde

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Égypte : le retour de la dictature

Le 22 novembre, le président égyptien Mohamed Morsi a déclaré s'adjuger de nouveaux pouvoirs, en dessaisissant les juges d'une grande partie des leurs, notamment en matière de contrôle du chef de l'État lui-même. Moins de deux ans après la chute de Moubarak, Morsi, qui concentre déjà entre ses mains les pouvoirs exécutif et législatif, endosse ainsi les habits du dictateur dont une majorité d'Égyptiens espéraient s'être débarrassés.

Deux jours plus tôt, le Fonds monétaire international venait d'annoncer qu'une aide de 4,8 milliards de dollars serait accordée à l'Égypte, à condition que soit révisé le budget 2012-2013 dans un sens qui pèserait lourdement, en termes d'impôts et de coupes dans les dépenses, sur les 80 millions d'habitants. Or, depuis la chute de Moubarak en février 2011, aucune amélioration de la situation des ouvriers et des paysans, de celle des millions de pauvres du pays ne s'est fait sentir. Le chômage est toujours le lot d'une grande partie des 18-30 ans, on travaille toujours 12 heures par jour dans une usine de briques, dans la banlieue sud du Caire, pour 11 dollars par jour (8 euros), le cumul de plusieurs emplois est toujours nécessaire pour parvenir à faire vivre sa famille. Une nouvelle aggravation des conditions de vie due à des mesures gouvernementales qui s'attaqueraient, par exemple, au prix du pain subventionné pourrait provoquer la colère de tous ceux qui avaient cru voir leur vie changer.

À l'annonce du décret élargissant encore les pouvoirs de Morsi, des juges se sont déclarés en grève dans la région d'Alexandrie. Mais, surtout, des affrontements ont opposé des manifestants anti-Morsi à des militants des Frères musulmans ou salafistes, faisant un mort à Alexandrie et des centaines de blessés, dus aux coups des policiers.

Morsi a opéré une sorte de recul, en acceptant de réduire la portée du décret rejeté par ses opposants, mais les rassemblements contre le président et son régime n'ont pas cessé. Le 27 novembre, tandis que Morsi décommandait un rassemblement de soutien à ses mesures, des milliers de manifestants anti-Morsi convergeaient des faubourgs du Caire vers la place Tahrir, aux cris de « Du pain, la liberté, à bas l'Assemblée constituante », chambre toute dévouée au président et aux deux partis politiques islamistes.

Près de deux ans après le départ de Moubarak, ceux qui lui ont succédé au pouvoir voudraient bien faire rentrer définitivement la révolte dans le rang et restabiliser le pouvoir égyptien au profit des possédants et au profit de ses protecteurs impérialistes. Visiblement, une grande partie de la population n'est pas prête à l'accepter.

Viviane LAFONT


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