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Lutte Ouvrière n°2315 du 14 décembre 2012
Dans le monde

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Mali : une situation dramatique pour la population

Pendant que le gouvernement français cherche à organiser l'intervention de troupes africaines dans le nord du Mali, les cliques dirigeantes maliennes se disputent le peu de pouvoir qu'elles possèdent sur le sud du pays et sur la capitale Bamako. Dans la nuit du 10 au 11 décembre, les militaires ont arrêté le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, en jurant cependant qu'il ne s'agissait pas d'un coup d'État, puisque le président était toujours libre. Mais pour la population, la situation continue à empirer. Nos camarades de l'UATCI (Union africaine des Travailleurs Communistes Internationalistes) en donnent un aperçu dans leur journal le Pouvoir aux Travailleurs.

la multiplication des rackets

À Bamako, l'armée, la police et la gendarmerie sont présentes partout. Elles arrêtent et contrôlent les véhicules. Officiellement, c'est pour protéger la population et assurer la sécurité de la capitale, contre une rébellion qui a lieu à plus d'un millier de kilomètres de celle-ci. Mais en vérité, il s'agit là d'une véritable aubaine pour racketter les petites gens. Le racket a toujours été une des principales activités des forces de répression, mais avec la nouvelle situation qui prévaut dans le pays, cette activité reprend de la vigueur. Il n'y a pas un coin de la capitale ou des grandes villes du Sud qui échappe à la règle. Les couvre-feux se multiplient, c'est autant d'occasions qui s'offrent aux forces de répression pour s'adonner à leur activité favorite.

Voici le témoignage d'un travailleur immigré qui vient d'effectuer un voyage récemment au Mali :

« J'ai voyagé en taxi-brousse pour aller voir ma famille habitant dans la région de Kayes. J'ai pris le car à Bamako. Mais rien que sur les quinze premiers kilomètres qui séparent Bamako de Kali, nous avons été contrôlés quatre fois. Il y avait des femmes parmi les passagers, et elles n'avaient pas de papiers d'identité sur elles. Malgré les explications et les implorations de clémence, les policiers n'ont rien voulu savoir. Il fallait débourser de l'argent, entre 1 500 et 3 000 francs CFA, qui allaient directement dans leurs poches. Mais après avoir payé une fois, deux fois, ces femmes n'avaient plus d'argent à donner aux policiers. (...).

Aller faire la guerre dans le nord du pays ne motive pas spécialement ces forces de l'ordre. Elles préfèrent rester à Bamako, ou aux alentours, car c'est là qu'elles gagnent le plus d'argent sur le dos de la population. »

La tension à Bamako

Les villes du Nord Mali sont devenues invivables pour les habitants issus des ethnies originaires du Sud, mais celles du Sud le sont aussi pour les populations originaires du Nord. La presse de Bamako met surtout l'accent sur les populations fuyant les villes du Nord pour aller chercher refuge vers des camps de réfugiés ou vers les grandes villes du Sud, dont la capitale.

L'afflux de réfugiés à Bamako est tel que les écoles publiques ne peuvent plus accueillir leurs enfants pour y poursuivre leur scolarité. Les salles de classe qui étaient déjà très saturées sont dans l'incapacité d'accueillir un surplus. Mais la presse qui a pignon sur rue à Bamako se tait sur les populations qui fuient cette ville ou d'autres grandes villes du Sud parce qu'elles s'y sentent indésirables. Il s'agit, entre autres, des Touaregs installés de longue date dans les villes du Sud. Ils n'ont rien à voir avec la rébellion séparatiste dans la partie nord du mali, mais le fait qu'ils soient Touaregs leur vaut d'être indexés comme des rebelles en puissance. Certains d'entre eux ont subi des violences. Quelques-uns ont été vandalisés et brutalisés.

Un travailleur malien originaire de la ville de Kayes raconte le cas précis d'une famille touarègue qui a été obligée de fuir la ville car sa situation était devenue périlleuse. « Nous avions comme voisin dans notre quartier de la ville de Kayes, une famille touarègue. C'était une famille de neuf personnes. Nous avons toujours eu des relations cordiales et on se rendait mutuellement service. Le fait que cette famille appartienne à une ethnie du Nord n'a jamais posé de problèmes jusqu'au jour où la rébellion a éclaté au Nord. Cette famille s'est sentie en danger de mort et a été contrainte d'abandonner la ville où elle a toujours vécu en toute tranquillité ».


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