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Lutte Ouvrière n°2322 du 1er février 2013
Dans le monde

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L'intervention au Mali : hors d'Afrique les troupes françaises !

François Hollande a adopté la pose de chef de guerre. Il annonce que la France est entrée dans « la guerre contre le terrorisme » et qu'elle la mènera « le temps nécessaire ». Quant à ce qu'on fera des terroristes, il répond qu'« on va les détruire ». Le président socialiste joue les George Bush au petit pied. Il marche sur les traces de Sarkozy, qui envoyait les avions français bombarder la Libye sous prétexte de soutenir les rebelles libyens.

Le prétexte est toujours le même. Chaque fois que des armées occidentales interviennent ainsi, on nous dit qu'elles le font pour des raisons humanitaires ou pour sauver les populations d'une dictature odieuse. C'est ainsi que les dirigeants impérialistes sont partis à l'assaut de la dictature de Saddam Hussein quand, après l'avoir soutenu pendant trente ans contre son peuple, ils ont découvert qu'il fallait en « libérer » le peuple irakien.

De même, ils ne sont partis à l'assaut des talibans que des années après avoir contribué à installer leur dictature, en découvrant bien tardivement qu'il fallait aider les femmes afghanes à s'en libérer. Et ils ne se sont rendu compte de l'existence du peuple libyen que le jour où celui-ci a commencé à ne plus supporter Kadhafi, ce dictateur avec lequel les dirigeants occidentaux ont fait de si bonnes affaires. Il faut dire que, dans le cas de l'Irak comme dans celui de la Libye, il y avait l'opportunité de mettre la main sur les puits de pétrole de ces deux pays. Visiblement, ça aide !

Alors, François Hollande est dans la continuité de toutes ces interventions militaires, y compris de certaines qu'il critiquait avant qu'il soit élu président. Cette fois encore, on nous dit qu'il s'agit de sauver des populations qui sont en butte à une dictature. Et en effet, lorsque les groupes djihadistes ont imposé leur présence aux populations du Nord-Mali, celles-ci ont subi des exactions odieuses. On comprend donc qu'au Mali, dans cette situation dramatique, beaucoup voient l'arrivée des troupes françaises avec soulagement en pensant que c'est, au moins provisoirement, un moindre mal.

Mais, pas plus dans cette intervention que dans les autres, l'objectif n'est de sauver les populations. Si la France maintient des troupes en Afrique depuis cinquante ans, depuis la fin de la colonisation, c'est pour y jouer le rôle de gendarme et se maintenir dans ce qu'elle considère comme sa zone d'influence. Plus précisément, il s'agit de maintenir la possibilité de faire des affaires pour les grands groupes capitalistes français. Dans le cas précis, il s'agit d'empêcher que l'instabilité au Mali puisse s'étendre au Niger voisin, où se trouvent les mines d'uranium d'Areva.

Cette présence militaire dans une grande partie de l'Afrique, cette mise en coupe réglée par les trusts français, vont de pair avec le maintien de gouvernements et d'appareils d'État alliés de l'impérialisme français et pour cela corrompus, plus soucieux de s'enrichir sur le dos de la population que de la défendre. On l'a vu dans le cas du Mali où, lorsque les djihadistes sont arrivés, l'armée malienne a détalé sans demander son reste en leur livrant la population.

Aujourd'hui, alors que l'armée malienne reprend le terrain sur les traces de l'armée française, on apprend déjà qu'elle se livre à un certain nombre d'actions de représailles contre une partie de la population, en l'accusant d'avoir été complice des islamistes. Au point qu'on peut déjà se demander quelles nouvelles catastrophes, quels nouveaux massacres se préparent avec la reconquête du Nord-Mali par l'armée française et par les armées de pays africains dont aucune n'est réputée pour son respect des populations. Et c'est vrai bien sûr y compris de l'armée française. Que l'on se souvienne de son rôle au Rwanda !

Voilà pourquoi Lutte Ouvrière dénonce cette intervention militaire comme elle a dénoncé toutes les autres. Parce que, même si l'intervention peut soulager très provisoirement le sort d'une partie de la population, elle n'est là que pour continuer à maintenir le même ordre injuste, et on peut être sûr qu'à terme elle ne fera qu'aggraver encore la situation. Exactement comme cela s'est passé en Irak, en Afghanistan, en Libye, l'intervention de l'armée française fera naître plus de vocations de terroristes islamistes qu'elle ne pourra en « supprimer », comme dit si délicatement François Hollande. Et l'armée française est peut-être ainsi en train de s'enfoncer dans un bourbier sans fin.

Il faut en finir non seulement avec la présence militaire française en Afrique, mais avec la présence de l'impérialisme, de ces grandes sociétés capitalistes qui sont les agents de l'exploitation et qui empêchent précisément les peuples d'Afrique de se diriger eux-mêmes, de se défendre eux-mêmes contre toutes les formes d'oppression, qu'elles soient le fait des dictatures en place ou qu'elles soient le fait des groupes islamistes qui sévissent aux confins du Mali et du Niger, de la Libye et de l'Algérie.

À bas l'intervention de l'impérialisme français ! Hors d'Afrique les troupes françaises !

Déclaration de Lutte Ouvrière au cercle Léon Trotsky de Paris, le 25 janvier


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