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Lutte Ouvrière n°2330 du 29 mars 2013
Dans le monde

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Mali : derrière l'intervention militaire française, la loi des groupes armés

Pendant que les combats continuent dans le nord du Mali entre les troupes françaises et tchadiennes d'un côté et les groupes armés intégristes de l'autre, le gouvernement français semble de plus en plus soucieux de donner à la poursuite de son intervention la couverture de l'ONU.

Si celle-ci adoptait une résolution en ce sens, les troupes africaines actuellement engagées seraient financées par elle et passeraient sous casque bleu, comme c'est déjà le cas dans bien d'autres pays africains. L'armée française ne partirait pas pour autant, du moins pas tout de suite, mais pourrait se faire plus discrète tout en se tenant prête à intervenir.

Quant à l'évolution du Mali, c'est un tout autre problème. Des élections sont prévues en juillet, mais les derniers événements qui se sont produits à Bamako montrent ce qu'est la réalité du pouvoir dans le pays. Le 12 mars, il n'y avait ni journaux ni radio dans la capitale. C'était la première d'une série de journées « presse morte » pour protester contre l'incarcération du directeur du journal Le Républicain par la Sécurité d'État. Celui-ci avait été arrêté six jours auparavant, arbitrairement et en dehors de toute procédure légale, pour avoir publié une lettre ouverte de soldats dénonçant les avantages et les émoluments dont jouit le capitaine Sanogo, l'auteur du coup d'État qui a renversé le président Amadou Toumani Touré le 21 mars 2012.

Ce capitaine Sanogo a été nommé par l'actuel président de la République à la direction du Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité. L'armée malienne, que les troupes françaises cantonnent toujours dans le sud du pays, est en effet composée de groupes rivaux prêts à s'affronter les uns les autres, et entre lesquels le pouvoir civil navigue tant bien que mal.

Par ailleurs, des témoignages continuent de parvenir sur les exactions auxquelles se livrent les troupes maliennes. Cette fois, cela concerne la région de Gourma, non loin de Tombouctou. Les habitants des campements nomades situés au bord du fleuve Niger accusent les soldats de rouer de coups les populations terrorisées et de se livrer au pillage, pratiquant une véritable chasse aux Arabes et aux Touareg sous prétexte de débusquer les intégristes. Ces violences, venant après celles qu'avaient exercées les groupes armés islamiques contre les populations noires dans des villes comme Gao ou Tombouctou, ne peuvent que préparer le terrain pour de futures explosions de haines ethniques. Et même si dans quelques mois les armées africaines occupent le pays, au lieu des troupes françaises, rien ne prouve qu'elles n'auront pas un comportement semblable vis-à-vis des populations. Quant à l'armée française, le simple fait qu'elle laisse faire prouve qu'elle n'est pas fondamentalement différente.

Quel que soit l'uniforme des soldats qui occuperont demain le Mali, une chose est certaine : l'intervention française, même si elle a été applaudie au début par la population, laissera dans tout le pays des bombes à retardement dont la population malienne n'a pas fini de souffrir.

Daniel MESCLA


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