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Lutte Ouvrière n°2331 du 5 avril 2013
Dans le monde

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Madagascar : dans le sud-ouest déshérité le cyclone, la misère et la corruption font des ravages

Cet article est extrait du journal Le Pouvoir aux travailleurs n°390 du 17 mars, mensuel publié par nos camarades de l'Union africaine des travailleurs communistes internationalistes (UATCI-UCI).

Selon la télévision du pays et selon les dires des habitants des régions du sud-ouest (province de Toliara), durement frappés par le passage du cyclone Haruna le 22 février, il y aurait eu 26 morts, des dizaines de blessés et près de 40 000 sinistrés. À plusieurs endroits la digue de la rivière Fiherena, qui passe à quelques kilomètres de la ville de Toliara, a lâché, ainsi que le barrage de Sakaraha, une ville importante et agricole située à une centaine de kilomètres de Toliara, anéantissant 1 500 hectares de rizières.

Les gens se sont secourus mutuellement. Des pêcheurs Vezo, un peuple vivant sur la côte sud-ouest, ont donné leur énergie et prêté leurs pirogues pour sauver des vies de la noyade dans les eaux boueuses des faubourgs de Toliara. Malgré ce que prétendent les autorités, peu de secours ont été déployés par l'État. Faute d'endroits mis à leur disposition, les sinistrés se sont agglutinés essentiellement sur les tribunes et les gradins surélevés du stade Andaboly.

Pour calmer la colère de la population pauvre qui vit des moments difficiles, le président Andry Rajoelina, flanqué de deux ministres, a fait le déplacement par avion depuis la capitale. Suite à cette visite, un appel à contribution des citoyens a été lancé. Beaucoup de personnes à travers tout le pays, essentiellement des gens pauvres, ont donné de l'argent, du riz, des couvertures, etc.

Des organismes tels que le PAM (Programme alimentaire mondial) et Care international auraient largué quelques vivres dans les localités très isolées de l'extrême sud. La France a fait don de quelques dizaines de tonnes de nourriture, apportées depuis l'île de La Réunion par bateau au port de Toliara. La situation dans laquelle cette population pauvre est plongée s'aggrave, car la majorité ne voit guère la couleur de ces aides.

L'aide internationale est évoquée et le Téléthon organisé par les autorités aurait permis de débloquer un million d'euros. Mais où sont stockés les vivres et les produits de base, s'ils existent ? Qui est chargé de les dispatcher ?

Au moment où nous écrivons, de nombreuses personnes sont toujours parquées au stade, n'ayant pas d'autre lieu susceptible de servir d'abri. Nombre d'entre elles sont en colère, surtout à l'égard des autorités locales et des chefs des fokontany (communautés regroupant des quartiers ou des villages), considérant que ces chefs manquent de transparence et d'explications à leur égard afin de mieux détourner les aides lorsque celles-ci arrivent.

Les solutions pour recaser les sinistrés existent. En cette saison, les hôtels pour touristes sont vides et donc en mesure d'héberger un certain nombre de sans-abri, ne serait-ce que durant quelques semaines, le temps que la boue soit déblayée. Les commerçants et autres notables de toute sorte, qui ont pignon sur rue le long des grandes artères bien au sec du centre-ville, pourraient être mis à contribution. Tous ces gens ont des habitations spacieuses, susceptibles d'accueillir un certain nombre de personnes. Il y a aussi quelques entrepôts proches du port qui, en cette saison cyclonique peu propice au trafic maritime, pourraient servir temporairement d'abris. Ces structures appartiennent à des sociétés connues à Antananarivo, la capitale, et pourraient être réquisitionnées. Les véhicules 4x4 liés au tourisme sont actuellement inutilisés et donc en mesure d'acheminer vivres, dons et personnes là où c'est nécessaire.

L'État n'a pas beaucoup de moyens à débloquer pour cette catastrophe ? Peut-être. Mais l'État et les collectivités locales, s'ils étaient réellement au service de la population pauvre, pourraient faire appel à l'énergie des masses et organiseraient les travaux de remise en état et de reconstruction nécessaires pour que personne ne soit abandonné à son sort.

De façon générale, lors de leurs tournées, les dirigeants se contentent de beaux discours. L'épouse du président actuel, un homme d'affaires, a acquis un certain savoir-faire lors des tournées de son mari, consistant à rendre visite à des maternités dépourvues du minimum et à poser pour la photo au chevet des femmes des classes pauvres venues y accoucher. Les reporters télé et les plumitifs au service du couple présidentiel ne sont pas avares de commentaires élogieux devant la grandeur d'âme que constitue à leurs yeux la gracieuse remise de quelques sacs de nourriture à la maternité, au nom personnel de la première dame.


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