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Lutte Ouvrière n°2344 du 5 juillet 2013
Dans le monde

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Mali : avec ou sans l'ONU, c'est l'impérialisme français qui décide

Les troupes des autres États africains positionnées au Mali et qui formaient la Mission africaine de stabilisation du Mali (Misma) sont passées ce lundi 1er juillet sous l'autorité de l'ONU. Ce changement ne signifie pas pour autant un désengagement militaire de la France.

Le gouvernement français a d'ailleurs décidé de ralentir le départ de ses soldats, dont 3 000 à 3 500 devraient pour l'instant rester au Mali, prêts à intervenir lors de la future élection présidentielle et du cantonnement (c'est-à-dire l'installation provisoire dans des casernes) des combattants du MNLA qui occupent Kidal. Le nombre de soldats français est censé diminuer ensuite au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux contingents de l'ONU, venus du Bangladesh, du Honduras ou de Chine, mais il devrait quand même en rester un millier à la fin de l'année. Ils demeureront présents au Mali, selon les propos de Hollande, « le temps nécessaire ». De toute façon, la France peut à tout moment multiplier en quelques heures ses effectifs, en transférant des soldats de ses autres bases africaines. Autant dire que ce désengagement n'est que de facade, l'armée française présente au Mali restant la seule à disposer d'un armement lourd, de l'aviation et de la logistique qui font d'elle la force militaire décisive, pour imposer en dernier recours les décisions de l'impérialisme français.

Dans l'immédiat, les troupes de l'ONU sont censées assurer la sécurité, notamment dans le nord du pays, pour permettre les élections toujours prévues le 28 juillet. Depuis des mois, le gouvernement français s'accroche à cette date, afin de pouvoir prétendre que son intervention militaire a réussi à rétablir la démocratie au Mali et a remplacé par un président élu le régime issu du putsch qui avait renversé Amani Toumani Touré. Peu importe si ces élections, sur le simple plan matériel, semblent aujourd'hui une gageure, à tel point que nul ne peut dire quand elles auront réellement lieu. Il est impossible de savoir comment vont voter les nombreux Maliens réfugiés dans les pays voisins. Et dans l'extrême-nord du pays, à Kidal, l'administration malienne n'a pas encore fait son apparition. Mais peu importe car, pour Hollande, il faut absolument que ces élections aient lieu, pour justifier l'intervention militaire et organiser sa poursuite sous couvert d'un régime qu'il puisse baptiser de démocratique.

Pour permettre ces élections, l'État français a aussi mis tout son poids dans la signature des accords de Ouagadougou, signés entre les indépendantistes touareg du MNLA et le gouvernement malien, sous la médiation du président burkinabé Blaise Compaoré. Le point clé de ces accords est le retour de l'armée et de l'administration maliennes dans la ville de Kidal, peuplée majoritairement de Touareg, et dont l'armée française avait délégué la gestion au MNLA. Le gouvernement malien exigeait le désarmement immédiat des hommes du MNLA, ce dont les dirigeants touareg ne voulaient entendre parler à aucun prix, tant ils craignaient les représailles de l'armée malienne. Il a fallu que le gouvernement français, l'ONU, l'Union européenne et Blaise Compaoré multiplient visites et coups de téléphone à Bamako pour que le président malien accepte la formule initialement prévue par la médiation : dans un premier temps, un cantonnement par les troupes de l'ONU des hommes du MNLA puis, après les élections, leur désarmement dans le cadre d'un accord plus large sur le sort du nord du Mali. Cet accord encore à venir risque fort de ne pas garantir la paix, en tout cas pas plus que tous ceux qui étaient censés conclure les rébellions précédentes, qui ont déchiré le Mali depuis sa naissance et n'ont abouti qu'à une reprise de la guerre quelques années plus tard.

L'avenir de la population malienne ne semble donc en rien garanti par le fait que l'armée française a sous-traité à l'ONU, sous son contrôle vigilant, les tâches d'occupation du pays dont elle préférait se décharger. Les groupes djihadistes restent fondus dans la population et menacent de faire parler d'eux au moment des élections. L'attitude de l'armée malienne, les exactions qu'elle a commises dans les zones sous son contrôle, ne laissent rien présager de bon, pas plus que la surenchère nationaliste sur « l'intégrité du Mali » à laquelle se livrent les candidats à l'élection présidentielle.

Avec le prétendu passage de relai à l'ONU et les accords de Ouagadougou, ce sont les seuls intérêts de l'impérialisme français qui continuent à être préservés.

Daniel MESCLA


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