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Lutte Ouvrière n°2288 du 8 juin 2012
Dans les entreprises

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Air France : le gouvernement et la prime de départ du PDG

Évidemment, quand la direction d'Air France pleure misère et annonce un train de mesures de gel des salaires, d'augmentation de l'intensité du travail, de réduction des effectifs, ça la fiche mal si, en même temps, le public apprend qu'un ancien PDG de la compagnie est parti avec une prime de 400 000 euros. Du coup, le gouvernement s'est senti obligé de réagir, ou au moins de tenter de faire croire qu'il n'était pas d'accord.

Pendant les jours précédant l'assemblée des actionnaires de la compagnie, privatisée sous Jospin, des ministres se sont relayés pour dire qu'ils ne trouvaient pas cette prime normale. Puis, les mêmes ont annoncé qu'ils avaient donné l'ordre au représentant de l'État, qui reste actionnaire d'Air France pour 14,7 %, de voter contre cette prime. Enfin, toujours à grand renfort de trompettes, on a annoncé que les actionnaires avaient, à une grande majorité, voté contre cette prime.

Sauf que... Premièrement, l'ex-PDG, Gourgeon, a déjà touché cette prime lors de son départ, l'automne dernier. Ensuite, rien ne l'oblige à la rembourser.

Gourgeon comme le président du groupe Air France-KLM, Spinetta, sont proches du Parti socialiste et peuvent apprécier en connaisseurs la comédie que ce parti joue au public.

Cette comédie n'émeut pas le moins du monde le président Spinetta. Dans une publication de la direction d'Air France, Flash Actu, il a tenu à justifier la prime de son ancien poulain, la décrivant comme « normale » et « raisonnable », et la justifiant par le fait qu'il s'agirait de la rétribution d'une sorte de prime de non-concurrence. Il précise au passage -- ce que le personnel ignorait jusqu'alors -- qu'une quarantaine de très hauts cadres de la compagnie sont concernés par ce système, ou plutôt en bénéficient en cas de départ.

Quand le socialiste Spinetta et l'UMP de Juniac, qui a remplacé Gourgeon, prévoient de supprimer des milliers d'emplois dans la compagnie, est-ce qu'ils vont proposer cette prime « raisonnable » à tous ceux dont ils veulent se débarrasser ?

Partir avec 400 000 euros, cela pourrait en tenter plus d'un parmi les employés, ouvriers ou techniciens d'Air France et, s'il le faut, ils seraient sans doute eux aussi prêts à s'engager à ne pas aller chez la concurrence...

Correspondant LO


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