En défense du mammouth, entre autres.

19 Avril 2007

Il y avait, et il y a encore, les tableaux de maître, les grands crus... À la catégorie " placements spéculatifs en tout genre ", il faut maintenant ajouter les animaux fossilisés, si possible géants.

Lors d'enchères internationales dans une grande salle de ventes parisienne, le squelette d'un mammouth de plus de 10 000 ans d'âge a ainsi trouvé preneur pour 312 000 euros (avec les frais). Celui d'un rhinocéros laineux sibérien du quaternaire, estimé à 65 000 euros " seulement ", est parti pour près du double. Il y avait également un ours des cavernes, des fossiles de plus petite taille et, routine des richissimes amateurs, des meubles d'art.

Quand on peut dépenser des sommes pareilles, on a évidemment de quoi loger un mammouth de 4,80 mètres dans son salon. Le comble pour les collectionneurs les plus fortunés serait, comme aux États-Unis, de construire autour un musée, à son nom bien sûr. Mais en ce domaine, la règle semble plutôt de garder pour soi oeuvres d'art et pièces exceptionnelles d'histoire naturelle. L'acquéreur du pauvre mammouth est, selon les journaux, " un jeune et riche collectionneur français d'art contemporain ".

La place des pièces dont s'emparent de tels individus devrait être dans des musées publics, accessibles au plus grand nombre, à commencer par la génération d'âge scolaire. Au lieu de cela, certains peuvent se réserver le droit à la contemplation égoïste de tels trésors, dans l'attente, les cours ayant monté, de les revendre avec un gros bénéfice.

Ce que l'on appelle pudiquement " le marché de l'art " n'est rien d'autre que cela. Un " marché des fossiles " est peut-être en train de lui emboîter le pas, dans un monde de spéculation qui n'en est plus à une aberration près.

Pierre LAFFITTE